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articles originaux pour la plupart. Ils concernent essentiellement la vie politique française par une citoyenne qui a gardé ses capacités d'indignation. En toute subjectivité.

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photo d'Oran

 

Je revois les lignes de ton visage, sur la photo jaunie. C’est à Oran juste après la guerre. Tu es debout devant l’épicerie que tu as ouverte avec ton mari. Ce jour-là tu aurais pu dire « Non, pas de photo, je ne suis pas coiffée » ou une autre excuse idiote de celles que s’inventent les femmes quand elles ont peur de ne pas être assez belles pour inscrire leur image dans l’éternité.

La petite épicerie toute simple, arbore une fière devise « TOUT POUR TOUS » C’était sûrement très exagéré. En fait vous vendiez surtout des fruits des légumes et de la semoule à une population de matrones qui ne parlaient que l’espagnol.

Oh ! Ça n’a pas dû être facile pour toi, petite paysanne des Ardennes de jouer le rôle de la « Française de France ». Il a bien fallu que tu t’adaptes. Tu as même appris à boire ton café à l‘eau salé. Tous les jours, le cri des petits vendeurs d’eau « agua, agua » résonnait dans les rues de la ville. Il s’agit peut-être du seul mot espagnol que tu connaissais sur cette terre africaine.

Tu as une jolie robe à fleurs et tes cheveux noirs sont bouclés à la mode de l’après-guerre, un soupçon de rouge sur tes lèvres minces. Ce doit être un dimanche. J’imagine une arrière saison douce et parfumée. La boutique est fermée. Tu portes au creux du bras un sac de dame. Le genre de sac plat en simili-cuir noir où je me demande bien ce qu’on peut mettre à part un petit mouchoir brodé. Tu portes même des sandales d’été à talons épais. On sent que cette tenue ne t’est pas habituelle. Dans mon souvenir, tu portais une blouse blanche impeccable dont la ceinture tournait plusieurs fois autour de ta taille avant d’être nouée sur le devant. Pour quel événement es-tu habillée de façon aussi élégante que rare ?

A côté de toi se tient ton mari, ta fierté, l’amour de ta vie. Bien campé sur ses jambes écartées, en bras de chemise blanche, il semble défier l’avenir. Lui seul pouvait t’arracher à ton petit village ardennais. Et il a fallu pas moins qu’une guerre mondiale pour que la rencontre ait lieu. Il est grand et brun sur la photo en noir et blanc. Il est surtout très beau, de cette beauté insolente des méditerranéens. Pour arriver là devant sa boutique d’Oran il a du se battre : s’évader du plus atroce camp de prisonniers allemand et même convaincre un couple de paysans bornés -tes parents-  qu’il était le gendre que tu leur avais choisi . La menace de t’enlever a dû être l’argument décisif.

Ton époux fait partie de cette cohorte de prisonniers français rangés en colonnes sous la surveillance de quelques Allemands goguenards. J’aimerais dire qu’il devint, après son évasion, un héros de la résistance. Non !  C’est toi qu’il a préférée.

 La petite fille qu’il tient de son bras gauche n’a pas l’air de peser lourd ; c’est moi. Quelle idée t’est venue de me doter d’un bonnet aussi ridicule ?

On est en 1948 et l’orage ne s’est pas encore déclaré. On pourrait croire que la paix va durer éternellement sur ce petit trottoir, dans ce coin d’Algérie baigné de mer et de soleil.

Le temps de ranger cette photo aux marges épaisses dans un cahier, vous avez dû partir. Vendre la boutique, ramasser vos maigres affaires et rejoindre Paris pour une toute autre histoire. Pas dans la débâcle algérienne que vous avez évitée par miracle, juste parce que le climat ne te convenait pas.Au final le soleil s’était révélé trop fort pour ta peau diaphane.

 

Depuis, tout me manque : la mer, le soleil, l’espagnol, le bras rassurant de mon père, ton regard sur la femme que je suis devenue.

Encore aujourd’hui, moi aussi j’ajoute du sel dans mon café.

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S
<br /> ?? on m'a publié? et répondu?? génial!! meci Pierrette; à noter que j'ai des cousions Kabyles des deux côtés; les Merad (côté paternel) et les Ben.Lounès(co^té maternel); certaines mauvaises<br /> langues (actuelles)diront: Oh, là; c'est pas de chez nous tout ça!! ce qui est absurde!! mais je ne répondrait pas à ces gens-là, qui disent ça; et puis qu'est-ce que ça veut dire la phrase: "Oh<br /> là, ces gens-là sont pas d' chez nous"?? ça veut rien dire; c'est absurde; on est sur la planète terre, d'façon; je finis par: j'ai la chance d'avoir tous mes cousins et cousines (d'origine<br /> paternel et maternelle confondus) SUPER SYMPAS!! des gens super, voilà!! pour les grands-parents, je ne souhaite pas en rajouter; pas de polémiques inutiles; je ne connais pas les tenants et les<br /> aboutissants de l'histoire après tout; mais ma grand-mère paternelle a fini sa vie très triste, peut-être (sûrement?) à cause de la disparition de mon grand-père paternel, mais pas que... enfin,<br /> cela ne me regarde pas, après tout!! mais je suis triste quand je pense à mes grands-parents paternels; pas normal, je devrais être gai en pensant à eux! je pense aux mauvais moments qu'ils ont<br /> eu à la fin d'leur vie,voilà; mais cela ne me regarde finalement pas vraiment...<br />
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S
<br /> P.S: à l'heure de l' antisémitisme actuel, je suis ecoeuré...par l'air ambiant...je me souviens de mes cousins kakyles et juif....et pour ne pas le citer, Vincent, mon cousin, qui aimait<br /> sinçèrement mes grands-parents paternels; comme moi + mon frère et surtout ma soeur, qui etait très très liée à ma grand mère paternel;<br /> <br /> <br /> merci de publier au moins ce message;<br />
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L
<br /> <br /> Merci Jean-Marc. C'est vrai que les familles sont souvent d'origine mélangées et c'est une richesse qu'il faut préserver. La solution : se battre contre l'intolérance et l'exclusion. Quoi<br /> d'autre?<br /> <br /> <br /> <br />
N
<br /> Avec son talent fou, Léa Sanchez fait surgir d'une photo un concentré d'émotions fortes. Amour filial, amour du pays, nostalgie du passé, bonheur ineffable du retour aux origines, volonté<br /> farouche et joyeuse de faire vivre les liens, tous, tout cela tient en quelques lignes. La photo raconte une histoire de vie, à plusieurs croisements de l'Histoire. Histoire dans l'histoire de<br /> l'Histoire. L'argument est fort. La plume fine, précise, chatoyante, pudique, rare enfin, de Léa, joue avec la temporalité pour se faire à la fois bouleversante et drôle.<br /> <br /> <br />  <br />
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