articles originaux pour la plupart. Ils concernent essentiellement la vie politique française par une citoyenne qui a gardé ses capacités d'indignation. En toute subjectivité.
Il a fallu que le ciel s’en mêle. Attendre sous un parapluie pendant une heure en grelottant pour pouvoir marcher sur un tapis rouge complètement imbibé avant de voir un mauvais film. Franchement comme rêve on peut trouver mieux.
On aura beau me dire que c’est la 1ère fois depuis sa création que le printemps n’avait pas rendez-vous à Cannes...
N’empêche que ce cru 2012 est un très mauvais cru.
En fait, j’aurais du partir tout de suite après avoir vu le film d’Audiart. Pour moi, tout était plié : ce film mérite la palme d’or, le prix du meilleur scénario et les 2 prix d’interprétation.
Juste un détail. J’aurais bien vu Marion Cotillard commencer une belle carrière de sirène en profitant de la disparition de ses jambes. Mais bon...
J’aurais du écouter mon instinct. J’aurais du reprendre le train pour Paris après ce film éblouisant, mais bien sur quand on a payé à prix d’or la location d’un appartement dans le vieux Cannes on reste. Et on se dit que Thierry Frémaux a du se débrouiller pour présenter une affiche remarquable comme tous les ans.
Hélas, la suite a été décevante et même désespérante. Eh oui !
« Amour » tout d’abord : Bien sur que Trintignant, que tout le monde adore, est génial dans cette tranche de fin de vie qu’il partage avec Emmanuelle Riva. Genre de film impudique sur le naufrage final que je n’ai pas du tout envie de revoir. Mais surtout je ne suis pas sure qu’un huis clos avec des plans fixes corresponde vraiment à ma conception du cinéma.
J’ai, comme beaucoup découvert le cinéma au travers des films américains qui apportaient à des floppées de petits citadins rachitiques, des Parisiens d’avant la télé, un horizon, des grands espaces, un monde d' aventures en un mot. Jean-Jacques Annaud a très bien parlé de cette ouverture sur le far-west, cette fenêtre géniale qui a structuré nos rêves pour toujours.
Audiard répond à cette conception du cinéma. Il vous happe dès la première image et on reste scotché jusqu’au bout en évitant juste de regarder en face les images de combat. Je remarque que les femmes continuent à fermer les yeux pour ne pas voir de grosses brutes se taper dessus. J’ai toujours interdit à mes enfants de s’abimer car j’avais eu trop de mal à les fabriquer. Je crains que certains garçons n’aiment beaucoup ça : se taper dessus. La civilisation n’aurait elle pour but que de canaliser les excès de testostérone ?
Je note aussi que les acteurs belges constituent maintenant la réserve d’Indiens du cinéma français. Comme si on ne pouvait plus trouver de gens naturels qu’en Belgique. Les exemples ne manquent pas Matthias Schoenaerts est le dernier en date. Découvert dans Bullhead, il explose dans « de rouille et d’os ». Il faut reconnaitre que ces belges donnent l’impression de ne pas jouer ce qui est vraiment rafraichissant.
Donc, j’aurais du suivre mon premier mouvement et quitter Cannes après Audiard. Ça m’aurait évité d’être décue, y compris par Resnais dont j’attendais beaucoup. Même lui! Resnais le plus jeune de tous. J’avais pourtant adoré « les herbes folles » de 2010 comme on aime boire du champagne frais un soir d’été. Quel gachis!
J’avoue que je suis sortie au bout d’une heure de son film. Et pourtant j'ai essayé de m'accrocher.
J’ai fui, lachement, je l’avoue.
J’avais un autre espoir dans la catégorie "un certain regard" globalement plus intéressante que la sélection officielle : Joachim Lafosse, un jeune réalisateur belge (eh oui, encore un) Un film intéressant sur la vie d’un jeune couple blego-marocain qui sert de famille d’adoption à un vieux médecin. Mais encore une fois l’auteur n’a pas de parti-pris suffisant. Il est passé à côté de pleins de façons intéressantes de raconter les choses. Sans s’arrêter à aucune. La jeune femme que nous avons vu construire une famille avec 4 enfants va décider de les tuer par solitude, lassitude, névrose, on se sait pas vraiment ce qui va entrainer ce terrible passage à l’acte. Je constate toutefois que les femmes s’identifient et comprennent les motivations de ce personnage qui éprouve un sentiment d’abandon. Emilie Duquesne est bouleversante dans ce rôle. Il y a une scène bouleversante où elle est dans sa voiture et elle écoute "femmes je vous aime" de Julien Clerc. On la voit se décomposer. Les hommes ne comprennent absolument pas. C'est une des rares expressions féminines du festival qui marque par l'omniprésence des points de vue masculins. Sauf un film de la sélection "mud" qui est une adaptation non avouée du Grand Meaulnes. Un gamin de 14 ans aide un hors-la-loi recherché, juste parcequ'il croit qu'il n'a jamais agi que par amour d'une femme. Cute! comme disent les anglo-saxons, ce que l'on pourrait traduire par "cucul" mais tellement rafraichissant au bout d'une semaine de navets.
Ce qui est sur c'est qu'à la veille du Palmarès tout le monde s'accorde à dire que Moretti ayant un caractère de cochon, personne ne serait surpris s'il profitait de son rôle de Président pour régler ses comptes perso. En vrac il n'aimerait pas les américains, le cinéma du même nom, Haneke et tous ceux qui seraient susceptibles d'avoir une seconde palme d'or.
Je n’ai pas vu tous les films présents à Cannes. Mais tous ceux présentés comme étant un événement. A part les films d’Audiart et d’Haneke, aucun film ne mérite la palme d’or. Cela dit, connaissant l'ego hypertrophié de Nanni Moretti, j'ai les plus grandes craintes concernant le palmarès final.
Ce mauvais festival sera le dernier en ce qui me concerne.
Les explications de Monsieur Thierry Frémeaux n'y pourront rien changer.