articles originaux pour la plupart. Ils concernent essentiellement la vie politique française par une citoyenne qui a gardé ses capacités d'indignation. En toute subjectivité.
Après 3heures de TGV et 30 mn de taxi, chaque trajet pour le même prix j’arrive devant la clinique. Bon pout le Hilton on repassera. Il est 10h30. Je vais attendre 16h30 avant qu’on se décide de m’attribuer une chambre.
Quelle chambre !
Il y a déjà une occupante. Une petite bonne femme aussi large que haute qui m’annonce avec un accent marseillais - que je trouve moins charmant que d’habitude- que
1- elle dort avec un respirateur. C’est médical et tant pis si ça fait du bruit. Pour adoucir le tableau elle précise que la dite machine l’empêche de ronfler.
Me voilà soulagée. La suite prouve que c’est faux et que j’ai droit aux ronflements des 2 : la machine et la dame, dans un ensemble peu harmonieux.
2- elle dort la fenêtre ouverte en grand. C’est comme ça ; elle a toujours trop chaud.
Pendant qu’elle me parle, elle ne cesse de se gratter.Je hais cette faculté d'observation qui me fait noter ces détails.
Plus préoccupant : le lit qui m’est dévolu est juste sous la fenêtre
Je lui signale que nous sommes le 10 février et que même en Provence, cette période de l’année s’appelle l’hiver. J’ajoute que je n’ai pas fait 800 kms pour attraper un rhume. Quoique si on y réfléchit bien, il vaut mieux tomber malade dans une clinique qu’en rase campagne.
Bon, cela ne constituait pas un accueil chaleureux. La vision de la salle d’eau commune acheva de me persuader : j’avais quitté la civilisation.
Cette cabine minuscule combinait sur 1m2 toutes les fonctions, c’est à dire qu’on pouvait utiliser les toilettes tout en prenant sa douche et en se lavant les dents dans un lavabo plus petit qu’un saladier. Le genre de salle de bains que l’on s’attend à trouver dans un camping-car des années soixante ; vous savez le truc monté sur roues en plastique orange, rouillé même à l’état neuf.
Le Hilton avait quitté mes pensées. Arrivée à ce stade je me serais contentée d’un simple hotel genre « Formule 1 ». J’ai oublié de mentionner les décors de l’ersatz de salle d’eau. Une culotte XXL en dentelle bleue pale y séchait au beau milieu. Le lavage n’avait pas du être réussi si on en juge par les taches persistantes. La dite culotte occupait illégalement l’appui du seul porte serviette ce qui fait que l’utilisation des WC entrainait d’avoir le nez sur la culotte. Cet ornement aurait pu être provisoire. Il resta en place 4 jours avant d’être remplacé par une autre culotte de même taille qui me fit regretter aussitot la somptueuse dentelle azur.
Prenant sur moi-même (quel choix avais-je ?) j’essayai dans mon for intérieur de passer en revue les espaces de liberté qui me restaient.
J’entrepris donc de taper sur mon ordi avec un casque vissé sur la tête.
Après tout j’étais venue pour écrire.
Je ne prêtais plus attention à ma voisine qui de temps en temps changeait de place en disant « On s’embête Hein ? »
Je ne supportais plus l’accent marseillais.
C’était une situation provisoire je décidai donc de l’ignorer.
Une nuit, il advint que l’idée qui manquait à mon scénario me visita brusquement dans mon sommeil. La belle idée me vint dans un flash qui me réveilla.
J’allumai mon spot et entrepris de noter avant que mon idée ne décide de migrer vers un autre scénariste endormi.
Inutile de préciser dans quel enfer bruyant se passaient mes nuits. En particulier la machine à respirer se révéla redoutable.
La dame se réveilla. Son accent marseillais aussi, décuplé par la fureur.
Malgré ma bonne volonté (j’avais enlevé une boule quiès) je n’arrivais pas à comprendre ce qu’elle disait ; Je la fis répéter 3 fois pour montrer ma bonne foi.
-« Vous savez quelle heure il ègues » était le gros du message.
Je répondis oui, que je n’en avais pas pour longtemps et que le spot n’éclairait pas son doux profil.
Folle de rage, elle se leva et se mit à arpenter les couloirs de la clinique en téléphonant à son mari sur un ton hystérique, elle du le réveiller et les autres patients itou. Une infirmière arriva. J’avais déclenché une catastrophe. La dame faisait la liste de ses maladies innombrables et son impossibilité de trouver le repos.
Hélas l’embryon de relations que nous entretenions sombra dans l’épisode.
J’appris que le mari serait depéché pour mettre le hola et m’empêcher de la harceler plus avant.
J’avoue que la perspective de voir LE mari me paraissait un élément incongru mais somme toute intéressant.
j’entrepris d'essayer d’imaginer le veinard sans y parvenir.
Il vint donc un dimanche après-midi où je me trouvais seule dans la chambre.
J’eus droit à des menaces. On savait où j’habitais à Paris et on allait voir ce qu’on allait voir.
C’était bien un couple à la Dubout : lui taille jockey 1m 60 une petite moustache, l’air bravache ;
Cet évènement mit fin à l’acte 1 .
J’appris plus tard que ma douce voisine avait été transférée dans une autre chambre où il lui fallut s’accommoder d’une patiente incontinente ce qui n’allait pas sans inconvénient. Le mari fut interdit de clinique après une nouvelle incursion et la direction les pria rapidement d’aller faire marcher ailleurs la machine à respirer.
Quant à moi j’héritai aussitôt d’une chambre somptueuse avec vue sur les collines de Provence.