articles originaux pour la plupart. Ils concernent essentiellement la vie politique française par une citoyenne qui a gardé ses capacités d'indignation. En toute subjectivité.
Claude Lanzmann nous offre avec « le dernier des injustes » le témoignage de Benjamin Murmelstein, seul Président de Conseil juif à avoir survécu à la guerre.
Lanzmann l’avait filmé en 1975 à Rome alors qu’il avait 70 ans. On découvre un homme rondouillard, pétillant d’intelligence, à la mémoire aiguisée. Il ressemble à Sancho Panza qui est son modèle. Comme lui, Benjamin a les pieds sur terre.
En 1938, Murmelstein est rabbin à Vienne. Il va ferrailler pendant 7 ans avec Eichmann pour faire émigrer 121 000 juifs et pour éviter la liquidation du ghetto de Theresienstadt. Ce camp de concentration près de Prague ne ressemble à aucun autre : il sert de vitrine au système nazi. Des films de propagande y sont tournés pour montrer la vie dans les camps. On y voit des gens travailler, jouer au football, des enfants souriants manger des tartines beurrées...
Murmeslstein participe à cette illusion. Il fait tout pour que SON centre survive. Car il explique aux Allemands que la Croix Rouge internationale peut être dupée par une apparence de centre de vie « normal » même si on est loin du Club Med. C’est son côté Shéhérazade : il raconte une fable pour éviter d’être rayé de la carte. C’est une marionnette certes, mais qui tire ses propres ficelles.
Au passage, Hannah Arendt en prend pour son grade. Difficile de parler de collaboration des Juifs à leur propre destruction. La grande perversité du nazisme a été de confier l’administration d’une population à ceux qui devaient être exterminés.
On voit Lanzmann mettre son bras sur l’épaule de Benjamin à la fin du film. On est content qu’il l’ait fait car après la guerre Murmelstein a du rendre des comptes et faire de la prison avant d'être blanchi. À la question "pourquoi êtes-vous vivant?" il ne peut que retourner la question : "Et vous, pourquoi êtes vous vivant?"
Ces conseils juifs ont fait ce qu’ils ont pu. D’ailleurs là où les Allemands n’ont pas installé de conseil comme en Russie, il n’y a eu aucun survivant.
En plus de 3 heures de film, on apprend beaucoup sur Eichmann, un démon d’après Murmelstein, sur la solution finale qui a englouti une partie irremplaçable de la culture européenne ...
Pour ceux que le sujet intéresse, je conseille la lecture d’un livre magnifique « Les dépossédés ». Le suédois Sem-Sandberg y conte l’histoire de Rumkowski, Président des Juifs du ghetto de Lodz. Rien à voir avec Murmelstein, Chaïm Rumkowski, lui, se prend pour un roi, qui s’ingénie à fournir aux Allemands tout ce dont ils pourraient avoir besoin pour leur effort de guerre. Rumkowski n’hésite pas à donner des listes des juifs qu’il envoie au sacrifice en choisissant ceux qui sont le plus improductifs. Il périra dans le dernier convoi.
Mais rien ne vaut le témoignage direct d’un témoin essentiel comme Benjamin Murmelstein. Merci Monsieur Lanzmann.