articles originaux pour la plupart. Ils concernent essentiellement la vie politique française par une citoyenne qui a gardé ses capacités d'indignation. En toute subjectivité.
Ce qui domine, ce mercredi 14 novembre 2012 à la Cour d’Appel de Paris c’est un sentiment d’irréalité. Quel décalage entre la somptuosité du décor et le niveau ridicule des dépositions de mesdames Affret et Tiberi, les vedettes du jour, dans l’ordre d’entrée en scène.
Ne pas oublier que le nombre réel de faux électeurs a permis de fausser les résultats de plusieurs élections successives dans le 5ème arrondissement de Paris et que ce système de fraude, hérité certes du chiraquisme, a perduré dans ce dernier bastion. Monsieur Tiberi est encore à ce jour le bénéficiaire de ces fraudes en qualité de maire du 5ème. Condamné en 1ère instance, il a fait appel et a multiplié les manœuvres pour que cet appel soit retardé au maximum.
Anne-Marie Affret est le pivot de ce procès. Elle a du mal avec la vérité judiciaire, et la vérité tout court. Elle va le prouver.
Le président lui demande d'emblée pourquoi elle fait appel du jugement la condamnant.
La réponse est d’abord d’ordre financier. Madame Affret trouve injuste d’être inéligible. Elle a besoin, à 74 ans, de l’indemnité de première adjointe pour subsister (1350 euros mensuels) car elle n’a, dit-elle, aucune autre source de revenu et aucune retraite. Elle rapporte avec amertume qu’on aurait pu la nommer à la Mairie de Paris (avec 4500 euros mensuels d’indemnité) Il semblerait, d’après la gazette locale qu’elle possèderait un restaurant dans le 5ème. Peut-on vraiment en France en 2012 avoir travaillé à partir de l’âge de 18 ans sans avoir de retraite ?
La vie de Madame Affret a basculé depuis le procès de 2009 devant le tribunal correctionnel. Mme Affret est devenue une personne infréquentable dans l’arrondissement. Madame Tiberi a colporté partout l’image de la traitresse qui aurait dénoncé ses patrons, à qui elle doit tout.
Depuis 3 ans, Xavière Tiberi n’adresse plus la parole à Madame Affret suivie en cela par la cohorte de fonctionnaires et sympathisants. « plus personne ne me parle à la Mairie » dit elle avec amertume.
Les 2 bras droits de Monsieur Tiberi ne s’entendent plus ! Quels sont les torts de Madame Affret ?
C’est vrai qu’elle a reconnu au Tribunal Correctionnel ce qu’elle ne pouvait pas faire autrement de reconnaître. À chaque fois que son écriture figure sur des faux, elle veut bien admettre sa culpabilité « je m‘en excuse » dit-elle comme si cela pouvait suffire à effacer la faute.
Pourtant, aujourd’hui, Madame Affret multiplie à la barre les signes d’allégeance à ses patrons. Non elle n’a pas trahi, elle n’a pas dit que Monsieur Tiberi était le cerveau dans l’affaire des faux électeurs. La preuve : elle est toujours pauvre. Le Président Albert a mal compris ses propos.
(Rappel : elle avait dit « Jean Tiberi, c’est le cerveau, forcément : c’est le patron», Avant de se raviser un peu. Puis beaucoup)
C’est vrai que dans le flux de paroles de Madame Affret, ponctué de « voilà » et de « vous permettez Monsieur le Président » on se demande si elle va réussir à donner les noms des vrais coupables, et comment la Cour d’Appel va réussir à la libérer de ce secret de Polichinelle.
On apprend donc que Xavière Tiberi la snobe ! En la traitant de fille d’ouvrier italien que les Tiberi ont sortie du ruisseau, Xavière a ravivé des souffrances anciennes. Depuis cette mise à l’index, on la raille dans le 5ème.
Elle évoque son passé douloureux avec la voix de la petite Ana Maria Vecchione, fille d’ouvrier étranger, reléguée au fond de la classe étiquetée « sale rital ».
Son avocat Maitre Chevais intervient pour la remettre sur les rails « On vous demande de dire la vérité, pas n’importe quoi »
Madame Affret se tourne alors vers le Président « Est-ce que j’ai dit n’importe quoi ? »
Silence
« Pourquoi faut-il toujours que ce soit moi qui dise les choses ? »
Président « Vous pensez qu’il y a des gens qui vont dire la vérité ? »
Madame Affret « peut-être »
Président « je l’espère pour vous »
En fait, le Président Laroche tend des perches à Madame Affret qui ne peut les saisir, dominée qu’elle est par la peur qu’elle noie sous un flot de paroles…
Impasse
L’Avocat Général intervient à son tour, d’une voix remarquablement douce. Comment fait Bernard de Gouttes pour être aussi calme ?
« En cour d’Appel, on peut voir sa peine aggravée. Nous sommes là pour apprécier votre culpabilité, votre degré d’autonomie. Or, vous refusez de répondre aux questions du Président. Avez-vous subi des pressions, madame Affret ? »
Madame Affret se tourne vers les Tiberi qui ne la regardent pas. Elle dit « c’est pas facile » avant d’être rappelée à l’ordre par le Président. L’avocat général pose alors à Madame Affret la question que nous avons tous en tête : « je suis surpris du maintien à votre poste de 1ère adjointe. Pourquoi êtes-vous toujours à ce poste ? »
Madame Affret « Il ne peut pas faire autrement, il faudrait qu’il s’explique »
Avocat Général « Votre dévouement à la chose publique est particulier : vous dîtes être loyale et honnête, vous faites des faux en écriture pendant des années. Vous êtes au courant du système des faux-électeurs depuis 1983 et vous n’avez rien dit à votre Patron ? »
Madame Affret « j’étais un peu couverte : Raymond Nentien en avait parlé à Jean Tiberi. »
Le Président reprend la main « Enfin, vous êtes la 1ère adjointe, vous savez qui est au-dessus de vous ? »
Madame Affret « Mr le Président, Vous ne savez-pas qui est au-dessus de moi ? »
Président « Non. J’ai peut-être des idées »
Madame Affret : « Moi aussi, j’ai peut-être des idées »
Rires dans la salle.
Avocat Général « votre position frise l’insolence. Vous avez fait appel, c'est pour vous expliquer »
Madame Affret : « D’autres personnes doivent être entendues. Vous m’interrogez la première, c’est dommage »
Les avocats des parties civiles interpellent alors Madame Affret sur des cas particuliers d’attributaires (places en crèche, appartements)
L’Avocat Général revient sur la nécessité en tant que 1er adjointe qu’avait Madame Affret de rendre des comptes.
Madame Affret « Tous, on ne faisait rien sans en référer au Maire »
Avocat Général «Pourtant, vous dites que vous n’avez jamais parlé des faux électeurs à Monsieur Tiberi »
Madame Affret « Il y avait beaucoup de personnes au-dessus de moi. Quand un sénateur dit il ne faut pas exagérer le nombre des inscrits… »
Avocat Général « devant qui ces mots ont-ils été prononcés ? »
Madame Affret « Dans une réunion »
AG « Qui était présent ? Monsieur Tiberi était-il présent ?»
Madame Affret « oui et Madame Tiberi aussi »
AG « Pourquoi Mme Tiberi était-elle là ? »
Madame Affret « toutes les femmes des élus participent »
AG « Donc elle participait à tout »
Madame Affret « Il n’y a rien d’illégal, on ne parlait pas forcément des Faux électeurs »
L’avocate de Lyne Cohen Solal sort alors la note de Monsieur Tiberi que monsieur Nentien avait produite en première instance.
Emoi chez les avocats de la défense qui demandent la cote de cette note comme s’ils ne la connaissaient pas par coeur. C’est en effet la seule note manuscrite du Maire du 5ème qui ait été versée au dossier.
Madame Affret a la note sous les yeux.
« je crois que Monsieur Tiberi l’a reconnu » dit-elle
« Pas du tout » dit Maitre Le Borgne en se levant prouvant qu’il est le plus grand des avocats de Jean Tiberi (en taille) « c’est d’ailleurs à Monsieur Tiberi de répondre sur cette note »
Nous sommes au bord de l’esclandre.
Le Président demande à Madame Affret de répondre à la question de l’avocate « a-t-elle vérifié si les sympathisants et adhérents étaient inscrits sur les listes électorales dans le 5è et hors 5è ?» comme le demande le Maire dans sa note.
Madame Affret « C’est possible tout le monde a les listes électorales »
D’ailleurs, ouf ! La mémoire lui revient de ce qu’il y a lieu de répondre « Cette note concerne tout Paris »
Président , benoitement: « Vous êtes allée dans tout Paris ? »
Madame Affret « Non, moi je ne m’occupais que du 5ème »
C’est Maitre Bourdon, avocat de la ville de Paris qui va ensuite poser des questions courtes à Madame Affret ? Courtes mais efficaces.
Maître Bourdon « regrettez-vous vos déclarations lors du procès en 2009 »
Madame Affret « ça me coute trop cher aujourd’hui. Quelqu’un d’autre à ma place se serait suicidé »
Maitre Bourdon « Si vous évoquez le suicide, c’est que vous avez subi des pressions importantes. De qui attendez-vous la vérité dans cette salle ? »
Madame Affret « il y a 2 personnes »
Maitre Bourdon : QUI ? »
Madame Affret : « Monsieur et Madame Tiberi vont parler »
Maitre Bourdon « Est-ce que vous pensez qu’ils la connaissent, la vérité ?
Madame Affret « j’espère »
Maitre Bourdon « Si ils disent la vérité, vous sentirez-vous soulagée ? »
Madame Affret « Oui, ça ne viendra pas de moi »
Maitre Bourdon « Si les Tiberi ne bougent pas, vous interviendrez ? »
Madame Affret « je ne sais pas »
La première adjointe va s’asseoir sur sa chaise. Le plus loin possible des époux Tiberi. Elle a été interrogée pendant 3 heures. Elle doit se demander si elle a eu raison de faire appel, cramponnée à son credo : « on ne se défend pas en accusant » Le Président suspend l’audience. Tout le monde a besoin de reprendre des forces avant la prestation de Xavière.