articles originaux pour la plupart. Ils concernent essentiellement la vie politique française par une citoyenne qui a gardé ses capacités d'indignation. En toute subjectivité.
Lundi 19/11/2012 le procès en Appel des époux Tiberi reprend avec la question des témoignages évoqués par Madame Tiberi lors de son audition. (j’allais écrire "son show")
Monsieur Comte, au nom de toutes les parties civiles, a vite fait de balayer le problème : Ces témoignages, au nombre de 49, doivent être simplement écartés du débat surtout pour non-respect d’une règle élémentaire d’équilibre entre les parties au Procès mais Maitre Comte relève aussi l’ancienneté de certains (qui remontent à 2009) ce qui écarte l’impossibilité matérielle de les produire avant l’Appel.
L’avocat Général est sur la même ligne puisqu’il juge que ces témoignages, n’apportent rien au débat. Qu’apporte au procès le fait de savoir que untel trouve Xavière Tiberi très sympathique ? Encore une fois le niveau ridicule de la défense apparaît.
Les avocats de la défense font mine de s’insurger de cette limitation de leurs droits sacrés sans convaincre personne. Cela donne l’occasion à mon chouchou, Maitre Le Borgne de se déplier pour nous régaler d’une de ces formules dont il a le secret « Nous vivons tous avec l’idéal en ligne d’horizon… » Appliquée aux acteurs du procès, la formule fait sourire. « A-ton jamais vu une juridiction qui écartât des témoignages ? »
Je sais, c’est idiot, mais j’ai un faible pour les avocats à l’ancienne qui semblent sortis d’une gravure de Daumier et manient comme personne l’imparfait du subjonctif.
Jean Tiberi qui est toujours maire du Ve mais n'est plus député depuis juin 2012, vient ensuite à la barre.Il porte beau, comme on dit. Pas un poil de graisse. Comment a-t-il résisté à tous les petits fours qu’il a du croiser ?
Il commence par signaler qu’au départ il est avocat « J’ai prêté serment dans cette même salle ». Il utilise toutes les occasions de rappeler qu’il fait partie du sérail sans réaliser que son action politique n’en est que plus inacceptable.
Madame Tiberi avait aussi insisté sur l’ignominie de se retrouver au banc des accusés alors que ses souvenirs de jeune femme de magistrat à Metz « j’étais jeune et mince » lui permettait de dîner tous les soirs chez le procureur. Le président de la Cour d’Appel avait accompagné ces propos d’un commentaire personnel teinté de regrets « les temps ont bien changé » On en déduit que les invitations chez les procureurs se font plus rares.
La vie de Tiberi est un plaidoyer pour la limitation des mandats. Il a exercé toutes les fonctions : maire, député, ministre. Son bâton de maréchal reste cependant la Mairie de Paris qu’il a perdue en 2001. A l’époque il avait été exclu de son propre parti le RPR et s’était présenté sur une liste dissidente. Même le RPR n’avait pu en venir à bout !
Nous devrions avoir de la reconnaissance pour un homme qui a permis à la gauche de conquérir la Mairie, la ville de Paris a pu ainsi connaître une évolution spectaculaire. Sous Tiberi Paris avait perdu de son éclat.
Que retenir du long interrogatoire de cet édile ? Il n’a pas changé de ligne de défense : il n’a pas été informé d’un système qu’auraient mis en place ces collaborateurs pendant des décennies. Les cachottiers auraient omis de lui dire ce qu’ils tramaient dans son dos dans le seul but qu’il soit réélu, lui, Tiberi.
Invraisemblable.
Il s'étrangle quand il évoque le recours devant le Conseil Constitutionnel. Tiberi a été très choqué par cet épisode car le rapporteur, Christine Maugüé, Conseiller d'Etat, était la femme de Bernard Rullier, directeur de cabinet de M.Vaillant au ministère de l’intérieur. Précisons pour la petite histoire que l’ordinateur de Madame Maugué avait mystérieusement disparu alors qu’elle travaillait sur le dossier Tiberi. Note : Monsieur Rullier est aujourd’hui Conseiller de Monsieur Hollande chargé des relations avec le Parlement.
Revenons à notre déposition. Tiberi ne comprend pas « Que voit-on seulement ?198 faux électeurs relevés dont 120 se seraient maintenus. PAS UN qui fait état de pression. Et on ose parler de système ? je ne l’aurais pas accepté » Il accuse en filigrane Chirac qui était tête de liste en 1989, Nentien qui aurait du prendre ses dispositions pour dénoncer une fraude « Il aurait été protégé ». Tiens! Et de qui aurait-il eu besoin d’être protégé se demandent les spectateurs ?
Les gendarmes se sont très mal conduits. Tiberi a découvert l’affaire dans la presse en 1997 ; même le Préfet n’a rien fait alors qu’il a été informé par un membre de la commission de révision électorale (monsieur Ferrari, seul non-tiberiste, nommé par inadvertance)
L’avocat général rappelle alors les pouvoirs d’un maire d’arrondissement définis dans le code des collectivités territoriales. Il a un pouvoir évidemment étendu sur l’ensemble du personnel de sa mairie. « Comment pouvez-vous dire que vous n’étiez informé de rien ? »
Monsieur De Gouttes continue imperturbable. « En 1989 une plainte est déposée contre Monsieur Dominati, Maire du 3ème arrondt… » Tiberi le coupe : « Il a été relaxé, EH OUI »
Avocat Général « un des fils Dominati a été inculpé »
Tiberi « mais pas inéligible, souvenez-vous en… »
Quel toupet !
Concernant Anne-Marie Affret, l’onctuosité du discours fait froid dans le dos « J’ai beaucoup de respect pour Madame Affret, sa famille, son fils… Elle était disponible, loyale, travailleuse. Tout ce qu’un maire peut demander à une adjointe »
M. de Gouttes demande quand même : Pourquoi garder une adjointe qui a reconnu des faux en écriture ? « Mais parce qu’elle était de bonne foi. Cela existait avant elle, elle n’a fait que continuer des pratiques anciennes »
L’avocat général évoque le traitement infamant imposé par Xavière Tiberi à son ex-grande amie depuis le procès de 2009.
« Des rumeurs » dit Tiberi
Xavière, assise à 2 mètres, fait de grands signes de dénégation. Quant à Anne Marie Affret, elle lève un peu la main comme à l’école. Elle bout littéralement. Hélas ! Le président lui donnera la parole plus tard. Dommage me dis-je. C’était peut-être le moment.
L’avocat général rappelle l’attitude étrange d’Affret devant la Cour « elle a dit que les responsables étaient ailleurs, en esquissant un geste, certes réprimé, mais dans votre direction. Il semblerait qu’il existe une omerta… »
Tiberi bondit sur ce mot. Nous y voilà.
Je transmets ses dires in extenso « je ne suis pas Français de souche et j’en suis fier. On attaque toujours les Corses. Vous avez essayé de faire parler madame Affret en lui disant que la Cour en tiendrait compte. Avec tout le respect que je vous dois, Monsieur l’Avocat Général, j’ai été très choqué par ces méthodes »
L’avocate de Lyne Cohen Sollal prend le relais « Vous niez l’évidence ? »
« Tout à fait » répond Tiberi
Maitre Claude POLLET BAILLEUX rappelle que les 198 faux électeurs ne représentaient qu’un échantillon. Le nombre de faux électeurs est de l’ordre de "7.000", au vu des radiations effectuées entre les élections de 1997 et celles de 2001.
Tiberi, comme tous les maires, note tous les agents de sa mairie. Pourquoi avoir gardé Madame Mocricky qui a avoué devant les gendarmes et pas Raymond Nentien ?
« Nentien m’avait mis en cause »
On admire les limites de l’intérêt général.
Donc Tiberi a gardé à la mairie tous les personnels qui avaient participé à la fraude mais ne l’avaient pas dénoncé lors du procès.
Intéressant.
Avocate : « comment étaient attribués les logements sociaux ? »
Tiberi « dans des commissions »
Avocate « qui présidait l’OPAC ? »
Tiberi « C’était moi mais je n’avais pas le pouvoir exécutif.
Avocate « vous étiez l’adjoint de M. Chirac. Quelles fonctions ?
Tiberi « le personnel »
Avocat « et en 1983-1989 ?
Tiberi « j’étais chargé de l’Administration centrale »
Avocate « d’après mes informations, vous étiez chargé du logement »
Tiberi « quelques mois seulement »
En quelques questions l’avocate de Lyne Cohen-Sollal a établi que Monsieur Tiberi s’est retrouvé avec tous les pouvoirs en matière d’attribution d’appartements sociaux dans Paris pendant des décennies.
Jean Tiberi laisse la place à Raymond Nentien qui a assisté, muet et sans doute ulcéré, à tous les débats ;
L’ancien secrétaire général a encore été menacé après ses précédents aveux par des proches de Jean Tiberi.
" inacceptable" dit Tiberi. On est d’accord.
M. Nentien explique le silence de Mme Affret par "la peur" de perdre son poste de première adjointe. "Il faut qu'elle dise que le donneur d'ordres, le cerveau, c'est Jean Tiberi".
Nentien n’est pas le seul à le souhaiter.
Tout le monde n’attend que ça.
La suite demain mardi 20 novembre 2012 avec les réquisitions du Parquet général.
Photo: Jean Tiberi et Jacques Dominati