articles originaux pour la plupart. Ils concernent essentiellement la vie politique française par une citoyenne qui a gardé ses capacités d'indignation. En toute subjectivité.
Tout le monde devrait assister à un conseil d’arrondissement au moins une fois dans sa vie. C’est un bon moyen de s’initier à la démocratie locale.
C’est aussi une des rares occasions d’entrer dans les salons feutrés des Mairies sans être obligé de se marier.
Dans le 5ème arrondissement de Paris en particulier, ce qui frappe de prime abord c’est le nombre de toilettes publiques. Il y en a partout et plutôt du genre luxueux. Le public y a accès librement sauf celles du rez-de chaussée réservées aux handicapés. Celles-ci sont fermées à clé. J’espère que les handicapés qui souhaiteraient les utiliser sont relativement en forme car il leur est demandé d’aller chercher la clé à l’accueil.
On est le 12 novembre. La salle du conseil est au premier étage par l’escalier d’honneur, mon préféré.
On peut s’étonner, dans un arrondissement où les résultats des dernières élections municipales ont été très serrés de trouver une composition du Conseil d’arrondissement aussi peu équilibrée.
Je m’explique : il y a 14 conseillers d’arrondissement qui sont élus par liste. Dans le 5ème, 11 représentent le parti de Monsieur Jean Tiberi et 3 l’opposition.
Une disproportion flagrante. Les choses se compliquent quand on sait qu’au Conseil de Paris qui siège pour toute la ville, le pouvoir change de mains. Ce sont les socialistes et leurs alliés qui décident. D’où une certaine aigreur qui se manifeste dans ces petits conseils d’arrondissement de droite où peu de décisions peuvent être prises en réalité.
Mais les séances ont lieu en public. Cela suffit à donner lieu à des joutes oratoires qui n’ont pour but apparent que de river le clou à Lyne Cohen-Solal, éternelle rivale de Monsieur Tiberi et adjointe de Monsieur Delanoé. Elle est en charge des commerces, de l’artisanat, des professions indépendantes et des métiers d’art à la Mairie de Paris.
La haine parait ancienne et recuite entre les affidés de Monsieur Tiberi et les conseillers minoritaires, ils ne sont que deux ce soir, qui tentent de rendre coup pour coup. Cette haine palpable se traduit par un harcèlement incroyable envers Lyne Cohen Solal qui s’emporte parfois. Franchement je me demande comment je me comporterais devant une telle avalanche de mises en cause personnelles du style « Madame, vous n’avez pas la parole, Vous êtes incroyable, Pourquoi vous vous mettez dans des états pareils ?»
Depuis les élections, Jean Tiberi a été déclaré inéligible par le Tribunal Correctionnel de Paris. Peu lui chaut : il reste en place le temps d’être jugé en appel et cassation, le temps surtout d’imposer l’image de son fils dans la population pour lui succéder.
Ce conseil évoque plutot une cour de récréation. C’est malsain. Le public soupire. Cela nuit au débat et je comprends le peu d’enthousiasme de mes collègues citoyens.
Je vais essayer de relater malgré tout les sujets qui ont été évoqués ce 12 novembre à la nuit tombante.
La question des problèmes de distribution de courrier évoqués notamment pour le quartier Jardin des Plantes appelle une réponse surprenante de Jean Tiberi « cela relève du partage de compétences entre la Poste et Paris Habitat » (note : nouveau nom de l’OPAC). Bref, Il y a des difficultés et même lui ne sait pas qui est le responsable.
Tabernacle! Je vais continuer à voir une partie de mon courrier disparaître car le numéro de mon escalier n’est pas mentionné.
Ensuite Monsieur Baetche se lance dans l’analyse du budget 2010. Il se plaint en gros du maigre budget alloué par la ville. On s’y attendait. Il insiste sur le budget fluides (traduisez mazout) qui tous les ans est insuffisant. Lyne Cohen Solal rappelle que tous les ans un budget rectificatif vient compléter ce qui pourrait manquer. Passionnant en vérité.
On aborde alors le problème de la video-surveillance. Dominique Tiberi –le fils qui se prépare à la succession de son père car le 5ème est de nature monarchique– insiste de façon sarcastique sur le revirement du Maire de Paris. Eux ont toujours prôné le recours à la video-surveillance. « nous sommes heureux que le sujet fasse consensus »
Leur bonheur serait complet si dans la listes des lieux équipés ne manquait la Place des Patriarches qui attire un groupe de clochards avec gros chiens. C’est vrai que des cameras sont la meilleure parade contre les gros chiens, comme le fait remarquer Lyne Cohen-Solal. avec ironie.
S’ensuit une discussion brumeuse sur un vœu que défendent les conseillers de l’opposition. On a du mal à comprendre de quoi il retourne tellement les quolibets sont nombreux. Genre : « on sent bien que vous êtes gênés, vous essayer de vous démarquez, de qui de quoi du reste ? Ce n’est pas à nous de régler les problèmes entre les socialistes et leurs alliés, en particulier les verts »
Le ton est celui d’un mauvais débat de campagne électorale.
A la fin de ce feu d’artifices de gracieusetés, on finit enfin par entendre le vœu déposé par la gauche « La video surveillance ne doit pas être un prétexte pour baisser le nombre de fonctionnaires de police. D’autant plus que la police de proximité a disparu ». Difficile d’être contre ce vœu qui ne recueille que 2 votes et est donc rejeté par la majorité du Conseil.
Madame Suquet présente ensuite le dossier d’associations qui réclament des subsides. On apprend à cette occasion que le Maire d’arrondissement dispose d’une enveloppe de 10.000 euros pour l’animation culturelle. Artphonie, une école de musique et la Galerie du haut pavé sont ainsi gratifiées.
Dans la foulée on accepte aussi l’occupation du Domaine public par le théâtre Mouffetard pour une somme symbolique (100 euros au lieu de 53.000)
Le conseil évoque le cas de l’immeuble 7 rue Vauquelin
La ville l’a acheté pour en faire une maison relais.
L’attribution des appartements qui y seront construits revient à la Ville de Paris, le Préfet et le 1% patronal.
Les Tiberi,père et fils en choeur, regrettent qu’aucun appartement ne leur revienne alors qu’en tant qu’élus ils connaissent des personnes en situation difficile.
Après le procès Tiberi qui a mis en lumière l’attribution partisane des appartements dans Paris et en particulier le 5ème, on préfèrerait que le Maire ne s’en occupe pas.
Autre sujet de polémique : la salle de sport dépendants des locaux de l’ancienne école polytechnique a subi un dégât des eaux. Les travaux de réfection se monteraient à 80.000 euros.
D’après Lyne Cohen-Solal la ville de Paris, à sa demande, aurait acheté la salle concernée pour un euro symbolique.
Là Jean Tiberi triomphe « Vous étiez absente au Conseil de Paris quand on a voté, et votre vœu ridicule a été retiré par votre mandataire Monsieur Lévy »
Monsieur Baetrche jubile « on dirait que monsieur Levy vous a fait un sale coup »
Je ne transcris ces échanges que pour que l’on comprenne la hauteur de vue qui anime les protagonistes. C’est une guerre. Du genre des guerres picrocholines sans doute mais une guerre. Usant pour les nerfs en tout cas.
Le sieur Baetche embraye sur Henri IV. Il s’agit du lycée bien sur. Il est rappelé que Tiberi lors de son mandat de Maire de Paris avait engagé de gros travaux qui ont été arrêtés en 2001 à l’arrivée de la nouvelle majorité. Depuis rien ne se passe et les lettres du Proviseur sont restées lettre morte.
Mme Cohen Solal fait valoir qu’aucun représentant de la ville de Paris n’assiste au Conseil d’Administration de H4. « Il serait normal que la Mairie ait un droit de regard sur la gestion du lycée »
La polémique enfle sur le nombre de représentants des uns et des autres dans les lycées, suivant que l’arrondissement est majoritairement de gauche ou de droite.
Jean Dubreuil, représentant MRC et second opposant arrive à intervenir brièvement : « 0 représentant sur 3 c’est difficile de faire moins bien » Il parle d'Henri 4 bien sur.
Lyne Cohen Solal rappelle que c’est la majorité parisienne actuelle qui a imposé la création d’internats pour filles dans tous les grands lycées ayant des prépas. Je peux témoigner des difficultés rencontrées par les étudiantes provinciales inscrites dans les grands lycées du 5ème qui étaient obligées de se loger dans un foyer éloigné de leur lycée, ce qui les pénalisaient dans leurs études.
Monsieur Hamon intervient alors pour la première fois pour regretter que rien ne soit fait pour les garçons. C’est juste désespérant. S’il est vrai que les internats manquent cruellement à Paris, la situation des filles a toujours été plus difficile. Pourquoi ne pas reconnaître des efforts quand ils vont dans le bon sens ?
In fine est abordée la question de la fermeture du centre PMI rue de l’abbé de bois. Lyne Cohen Solal explique les différents problèmes d’hygiène qui ont conduit à cette décision. Elle propose que le premier local disponible dans le 5ème soit affecté à un centre de PMI.
Monsieur Tiberi n’a pas eu le rapport technique, qui seul peut justifier la décisison prise.
C’est vrai que le seul argument de l’existence de blattes même d’une grosseur inusitée dans nos latitudes, ne suffit pas à expliquer la fermeture. Un vœu est voté dans le brouhaha de la fin de conseil. Je n’ai pas compris lequel. Ouf c’est fini. On peut retourner à la vie normale.
Je persiste pourtant à penser que tout le monde devrait assister à un conseil d’arrondissement au moins une fois dans sa vie. Juste pour voir.