articles originaux pour la plupart. Ils concernent essentiellement la vie politique française par une citoyenne qui a gardé ses capacités d'indignation. En toute subjectivité.
Une flotte de 3000 voitures électriques en libre-service à Paris en 2011 ?
Mercredi 2 décembre 2009, 18h
C’est avec courage que Jérémie Swiderek a présenté les projets d’installation d’Autolib à Paris.
Dans le 5eme le technicien est attendu de pied ferme.
Une quarantaine de personnes rangées autour d’un grand carré comme pour un banquet.
L’assistance est composée de représentants du conseil d’arrondissement et des conseils de quartier avec une surreprésentation du quartier Jardin des Plantes si on juge par le nombre de questions.
Pourquoi cette hostilité d’emblée à un projet novateur et que tous les Parisiens qui veulent se débarrasser enfin de leur vieille voiture attendent ?
D’abord parce que l’opération Vélib, très populaire auprès des jeunes, n’emporte pas l’adhésion des seniors qui sont majoritaires dans le 5e et très nombreux ce soir.
L’avis général qui prévaut est que la Mairie de Paris a confisqué des places de stationnement en grand nombre pour offrir une armada de vélos en particulier près des universités.
Ensuite parce que tout ce que propose le Maire de Paris est ici suspect. Le tout sur fond de querelle Tiberi-Delanoë.
Il faut reconnaître que Bertrand Delanoê a opéré certains rééquilibrages en faveur des arrondissements populaires. Sans doute a-t-il voulu aussi mettre un terme à la politique de Messieurs Chirac et Tiberi qui favorisaient ouvertement l’arrondissement qui les avait vu naître (dans la même clinique pour la petite histoire)
Mais revenons à notre réunion
Monsieur Tiberi, a personnellement tenu à organiser cette réunion d’information. Il a souligné à plusieurs reprises à quel point cette volonté de tenir sa population informée était minoritaire dans Paris. D’après lui la moitié des arrondissements auraient décliné la proposition qui leur avait été faite.
Une fois ces lauriers tressés à lui-même, il donne la parole au jeune ingénieur des travaux délégué par la Mission automobile en Libre service de la Mairie de Paris, pour une présentation générale.
Jérémie Swiderek entre donc en scène.
Il connaît bien son sujet. Tant mieux car c’est un projet novateur difficile à mettre en œuvre. Qu’on en juge :
Il s’agit de fournir une voiture électrique pour un déplacement court et occasionnel. La voiture sera choisie après appel d’offre, de toute façon un petit format de 2 ou 4 places.
Du fait de l’obligation de vérifier si les gens ont le permis il faut s’abonner.
Il y aura des places dédiées en surface et dans des parkings : 700 stations dans Paris intra-muros de 10 ou 4 places.
Contrairement à Velib le projet est d’emblée ouvert à la banlieue. Pour l’heure 28 communes ont accepté d’être partie prenante. Une dizaine a refusé.
Quant au tarif, l’étude marketing a étudié plusieurs scénarios : Au final on opterait pour un abonnement mensuel de 15-20 euros et 4-5 euros pour la demi-heure d’utilisation. Il est prévu des tarifs pour les entreprises, les étudiants et des cartes prépayées.
Le maillage prévu pour Paris est serré pour éviter les surcharges des stations. Les endroits à forte mixité (travail/commerces/habitat) sont privilégiés. On a malgré tout prévu des « jockeys » qui rapporteront les voitures dans les sites déficitaires.
En fait les parcs souterrains ont d’abord été ciblés et les emplacements en surface servent à boucher les trous.
Côté juridique il s’agira d’une délégation de service public : les sous vont au Délégataire et la participation de la ville au fonctionnement est limité à 50.000 euros par station.
Le calendrier prévoit un démarrage au 1er semestre 2011
Monsieur Tiberi intervient alors pour donner le signal à tous les mécontents qui sont venus pour se plaindre de l’OPA sur les quelques places de stationnement restantes dans le fief.
« On ne peut rien changer à ce projet je me demande à quoi sert la concertation » Il a même cette phrase historique « Le Velib ça va de soi mais ce projet est inquiétant. Si on demande 50 places de moins, est-ce que c’est possible ? »En fait les seules discussions encore possible à ce stade portent sur les emplacements pas leur nombre.
Quand on connaît l’opposition farouche des tibéristes à Velib au départ, c’est assez amusant.
J’ai l’impression d’être encore devant un conseil d’arrondissement. Mme Cohen Solal n’a pas la parole, on la lui refuse systématiquement, Monsieur Baetche essaie de relativiser le coté novateur : ça existe à La Rochelle depuis 10 ans et quand Tiberi était Maire de Paris, lui-même était monté dans une voiture à air.Laquelle voiture dépolluait l’air.
Traduction : Tiberi était en avance sur son temps.
Lyne Cohen-Solal, la seule personne a qui on demande de respecter la discipline républicaine, sans doute en se taisant, arrive au bout d’un moment à répondre aux questions d’ordre politique en rappelant que le projet a été adopté le 28 mai 2009 et que les mairies d’arrondissement ont été sollicitées pour proposer d’éventuels changements.
Le public, quant à lui, s’interroge sur certains aspects pratiques.
Je transcris ce qui peut faire avancer le débat avec la réponse du technicien en italique quand il a pu enfin répondre.
-C’est cher dans une ville où il faut souvent 1h pour aller d’un point à l’autre.
- pas évident de sortir de Paris avec un véhicule lent
R : il ne s’agira pas de voiturette sans permis
- le budget est considérable Ce projet ne parait pas rentable
R : Cela fonctionne en Allemagne organisé par des sociétés privées qui ne le feraient pas si ce n’était pas rentable. De toute façon il est prévu que la ville de Paris ne participerait pas en
cas de déficit.
- Velib coûte de plus en plus cher à la ville (« Faux » dit Lyne Cohen Solal)
Un autre regrette qu’il ne pourrait pas aller à Provins avec sa famille
- combien de temps pour recharger les véhicules ?
R : il faut compter 2 heures pour arriver à 80% de charge
- c’est de la concurrence déloyale envers les taxis. Le Taxi électrique devrait être valorisé : il peut passer dans les couloirs de bus et échapper aux embouteillages. Les gens ont besoin de plus de taxis
R : le nombre des licences de taxis parisiens dépend du Préfet et non de la Mairie. De plus Autolib’ ne dessert par les aéroports qui sont réservés aux taxis.
- le représentant des petits commerçants craint une désaffection des clients du quartier (la clientèle captive c'est-à-dire nous)
R : Au contraire ce système permet d’envisager la venue de nouveaux clients
- Les bornes ne vont-elles pas être obsolètes au bout de 5 ans ?
- Ne pourrait on obtenir le droit de stationner la nuit sur les emplacements de velib ?
- Sommes nous obligés de prévoir dans quelle station nous allons nous arrêter ?
R : On peut changer de destination en cours de route. Un module à l’intérieur de la voiture indiquera où sont les modules avec des places de libre.
- Combien de chômeurs en plus ?
R : il va falloir produire les voitures électriques. Peugeot se prépare pour 2010, Renault est un peu en retard mais reste sur les rangs.
- Les gens ont besoin de leurs voitures pour partir en vacances, ils ne vont pas l’abandonner au profit de voitures cantonnées à Paris
R : Les abonnés d’Autolib pourront bénéficier de partenariats avec des loueurs de voiture
- On a trop de places de velib dans le 5è Pourquoi ne pas en transférer sur le nouveau projet ?
…
Anna Blum qui siège au titre du conseil de quartier jardin des Plantes intervient alors pour souligner le côté écologique du projet. « On a une occasion d’œuvrer pour le développement durable » Le prix ne lui parait pas prohibitif, compte tenu de ce que coûterait une voiture électrique sur Paris. De plus 150 places de stationnement en moins, ça ne constitue pas une révolution.
Denis Lieppe représentant la PEEP n’est pas sur la même longueur d’onde : « Méfiez-vous des arguments de développement durable : les batteries sont au lithium, la production en est polluante »
R : Le recyclage des batteries est prévu
Monique Olivier, représentant l’association « Quartier Latin passionnément » intervient de façon pragmatique « On ne va pas y échapper, autant participer au projet » Elle s’interroge sur l’état des lieux. Qui va le faire ?
R : l’état des lieux dépend en grande partie du locataire qui prend la voiture en charge et doit signaler un mauvais état éventuel
La réponse provoque des remous dans la salle.
- quid en cas d’accident lié à l’état de la voiture ?
R : c’est l’assurance du loueur- mandataire si l’état de la voiture est en cause sinon ce sont les règles de droit commun de l’assurance.
- qui a choisi les emplacements ?
R : l’atelier d’urbanisme de la ville de Paris.
20 h. La réunion se termine dans le brouhaha. Rendez-vous en automne 2010 pour connaître le résultat de l’appel d’offre et au 1er semestre 2011 pour le démarrage.
Comme les jeux ne sont pas encore faits, peut-être que ce sera la voiture à air qui a tant impressionné Monsieur Tiberi qui sera choisie ? A supposer qu’elle existe encore.
Dominique Tiberi tient à avoir le mot de la fin. Il salue les préoccupations écologiques exprimées et qui sont décidemment à la mode. Il regrette que rien ne soit modifiable dans le projet de la Mairie. « Pour moi c’est trop ou trop peu »
Je trouve que c’est rudement difficile de mettre au point un projet novateur qui devrait améliorer la vie des Parisiens. Pour l’instant je garde ma vieille et fidèle peugeot.