articles originaux pour la plupart. Ils concernent essentiellement la vie politique française par une citoyenne qui a gardé ses capacités d'indignation. En toute subjectivité.
Mon amour de la démocratie locale s’est un peu émoussé sur le mur de la foire d’empoigne qui caractérise chaque conseil d’arrondissement dans le 5ème arrondissement, je l’avoue.
Mes fidèles lecteurs qui ont lu les 2 précédents comptes-rendus se souviennent sûrement de l’ambiance, je les ai relus, hélas rien n’a changé.
C’est donc en traînant les pieds que j’empruntai l’escalier d’honneur de la Mairie du 5ème ce 16 septembre 2010.
La salle est toujours aussi petite, mais ce soir elle va se remplir un peu plus que de coutume. Car une question importante est à l’ordre du jour : Oui ou non les élus du conseil municipal qui représentent l’opposition ont-ils le droit de disposer d’un local permanent dans cette douillette mairie tenue d’une main de fer par la famille Tiberi (famille d’origine corse qui règna sur le quartier latin de Paris à partir du quatrième quart du XXème siècle)
Sur quoi se fondent les présomptueux postulants à un bureau, si possible permanent ?
C’est Louis Lefèvre Utile, conseiller municipal socialiste qui présente le vœu écrit. Comme il figure à l’ordre du jour la majorité municipale a eu le temps de l’analyser en détail. Surtout que cette demande n’est pas nouvelle, elle a été formulée pour la 1ère fois il y a 2 ans.
Que disent les textes ?
L’article 2121-27 du CGCT précise que « dans les communes de plus de 3500 habitants, les conseillers n’appartenant pas à la majorité qui en font la demande peuvent disposer sans frais du prêt d’un local commun »
S’agissant d’une ville de plus de 10 000 habitants, ce local attribué à l’opposition doit être un local permanent.
Louis Lefevre-Utile termine la présentation du vœu en signalant qu’une surface de 250 m2 devrait être libérée au 1er janvier 2011 au 4ème étage de la dite mairie. Cela pour répondre à l’éternelle objection de Jean Tiberi « je n’ai aucun local disponible »
Madame Claude Suquet, 4ème adjointe chargée de la culture croit utile de signaler qu’elle non plus ne dispose pas d’un bureau ! C’est peut-être de l’humour.
Les rôles ont bien été distribués, c’est Dominique Tiberi qui répond à la demande exprimée. En gros il indique qu’à sa connaissance dans les autres arrondissements tenus par la gauche, les conseillers UMP minoritaires ne disposent pas tous d’un local. Il cite en particulier le 18ème où le dit-local est ridiculement petit.
L’argument est le suivant : il faut faire un règlement qui s’applique à tous les arrondissements de la même façon.
Lyne Cohen Solal « Pourquoi voulez-vous que l’on vote un règlement alors que nous avons un texte de loi explicite »
Explicite ? pas pour tout le monde. Monsieur Baetche , 3ème adjoint, assis à la gauche de Jean Tiberi d’un ton patelin, va asséner ce qu’il croit être le coup de grâce.
Le texte que vous citez dit expressément que les conseillers PEUVENT disposer d’un local. Cela signifie que c’est le Maire qui décide et « quand il n’y a pas d’accord eh bien il ne se passe rien »
Il a l’air content, il se tourne vers Mme Lyne Cohen Solal « je signale, Madame, que vous assurez déjà une permanence dans la Mairie »
Allusion à la permanence que tous les conseillers de Paris assurent. Aucun rapport avec l’affaire qui nous occupe. Mme C-Solal rectifie ce point pendant que le Maire dans le même temps lui signale qu’elle n’a pas la parole.
Monsieur Baetche continue et reproche à l’opposition d’avoir saisi le Tribunal Administratif de la question « au lieu de discuter avec le Maire qui est bien gentil »
J’observe que dans le public certains se sont mis à rire ostensiblement. Des nouveaux sans doute. Ils vont continuer à rire jusqu’à la fin du conseil.
J’imagine des étudiants en Droit qui auraient traversé la place du Panthéon pour aller voir chez le voisin d’en face comment on dirige une mairie.
Les élus de gauche sont obligés de faire état de la jurisprudence : 2 arrêts l’un du Tribunal Administratif de Lille de 1994 et l’autre du Conseil d’Etat de 2004 vont dans le sens de leur demande.
La même rengaine est reprise à tour de rôle par les conseillers UMP : il faut un règlement qui s’applique de la même façon dans les 20 arrondissements de Paris
« Et puis puisque la Justice est saisie, il faut la laisser faire son travail. »
Jean Tiberi fait confiance en la justice de son pays : il n’a pas à s’en plaindre : déclaré inéligible par le Tribunal Correctionnel de Paris il reste en place sans rien changer à des méthodes archaïques en attendant un procès en appel puis un procès en cassation. Le plus tard possible bien sur. L’important étant qu’il ait le temps d’imposer son fils aux instances de son parti et éventuellement à sa population d’électeurs reconnaissants.
« D’ailleurs personne ne m’a prévenu au sujet des locaux qui se libéreraient » dit le Maire sans hésiter. Il précise quand même que des bruits courent et que d’autres institutions seraient intéressées. Preuve qu’il est parfaitement informé. Il revient à sa demande de règlement et propose que le Conseil vote sur ce point.
C’est juste épuisant.
Lyne Cohen Solal s’insurge « Il faut d’abord que le Conseil se prononce sur notre demande qui est une demande écrite et inscrite à l’ordre du jour.Si je comprends bien vous nous proposez un vœu pour savoir si on doit appliquer la loi ? »
J’oubliais l’autre exigence du clan Tiberi « l’UMP n’a pas accès à un local, cette faveur étant réservé aux Partis Socialiste et Communiste »
Cela revient presque à chaque conseil, en fait depuis que la ville de Paris a repris l’immeuble entier dont Jean Tiberi refusait de payer le loyer.(voir l’article sur la rue Vésale).
Pour la énième fois LCS est obligée de rappeler qu’avec une indemnité de 6500 euros liée à sa fonction de député, Monsieur Tiberi a sûrement les moyens de louer un local et que d’ailleurs elle tient à sa disposition une liste de locaux inoccupés (12% dans le 5ème). Elle rappelle aussi le bureau dont il dispose à l’Hôtel de Ville »
S’ensuit une passe d’armes entre l’héritier (c’est la 1ère fois que je le vois s’énerver de cette façon ) et la conseillère municipale socialiste.
Dominique Tiberi « Vous êtes mal placée pour parler d’argent »
Lyne Cohen Solal « Voulez vous que l’on parle de votre logement social ?»
Le dauphin regarde la salle et maugrée quelque chose au sujet de Lille. Tout le monde connaît les sujets de discorde et les thèmes de chacun.
Il semble que les Tiberi n’aiment pas, mais alors pas du tout que l’on évoque les flots d’argent public que Jean perçoit.
Voilà quelqu’un qui n’a vraiment pas à s’en faire pour la retraite. Il va cumuler gentiment les retraites de Maire de Paris, magistrat, député et maire du 5ème. J’en oublie sans doute.
Monsieur Baetche est invité à lire le vœu qu’il a rédigé rapidement dit-il (évidemment prêt mais qui n’a pas été versé à l’ordre du jour)
Mme Cohen Sollal demande justement que le Conseil se prononce d’abord sur le vœu écrit déposé dans les délais avant d’examiner un éventuel vœu complémentaire. Demande refusée.
La majorité vote donc comme un seul homme la demande d’un règlement applicable à tout Paris. La gauche écoeurée s’abstient.
J’ai honte !
Quel spectacle indigne ! où l’on voit un député ancien magistrat refuser d’appliquer une loi que, selon toute probabilité, il a votée.
Est-ce si gênant d’avoir l’opposition installée dans la Mairie ?
Monsieur Tiberi a repris son ton patelin «Bien sur, si j’avais un local disponible… »
Sans surprise le vœu de l’opposition est rejeté par la Majorité dans la foulée. La Mairie du 5ème ne s’ouvrira pas à des conseillers municipaux de gauche.
Quelques autres points ont retenu mon attention dans ce conseil en tout point détestable.
L’attaque en règle du Théâtre Mouffetard. Je peux ressortir le compte-rendu du 23 septembre 2009 où la conseillère chargée de la culture critiquait un théâtre qui a besoin de tellement de fonds public pour fonctionner, ce n’est tout de même pas l’Odéon dit Madame Suquet ce soir sans peur du ridicule.
Non c’est juste un théâtre qui a une programmation exigeante et c’est le seul vrai théâtre du 5ème. Madame Cohen-Solal et Pierre Dubreuil insistent sur l’importance de conserver des théâtres dans un arrondissement surtout pourvu en cinémas.
On sait que ces critiques vont se terminer par la même conclusion : Monsieur Tiberi va rappeler qu’il est à l’origine de ce théâtre et tout le monde va voter les subventions demandées en exigeant un rapport sur l’utilisation des fonds.
Deuxième bête noire du Maire du 5ème, Velib la réalisation diabolique de Bertrand Delanoé. De quoi s’agit-il cette fois ? Le Maire refuse des dérogations dans certaines rues ou le passage des vélos , notamment à contresens, pose des problèmes de sécurité aux piétons.
Lyne Cohen Solal explique que cette question relève du préfet de police suivant une loi votée par la majorité UMP. « vous votez une loi et vous ne voulez pas qu’on l’applique »
Pierre Dubreuil précise qu’en sa qualité de cycliste il apprécie d’emprunter les zones trente car les automobilistes qui croisent des vélos sont contraints à plus de vigilance.
Pour info les zones trente seraient des zones où la vitesse serait limitée à 30 km/h
Toutes ces précisions n’y feront rien Monsieur Baetche va encore faire voter le second vœu du conseil adressé comme d’habitude au Maire de Paris en demandant des dérogations dans un domaine où il n’a pas le droit d’intervenir. La gauche s’abstient. Une vraie mascarade.
Pierre Dubreuil tient à féliciter publiquement la ville de Paris qui a entrepris la rénovation de l’école de la rue Buffon et du gymnase Poliveau.
Piqué au vif, Jean Tiberi rappelle qu’il est à l’origine de pratiquement tous les travaux entrepris dans l’arrondissement.
De part et d’autre on se jette des listes de griefs que tout le monde connaît
En partant j’entends la voix de Monsieur Baetche « Et la mutualité ? Qui l’a défendue ? C’est pas vous ! »