Noyée dans la masse des spectateurs qui ne rateraient pour rien au monde le plus grand festival de Courts métrages au Monde, j’essaye tant bien que mal de voir les films qui m’intéresssent. La projection se fait pas paquets de 6 films environ qui mêlent animation et fiction. On s’aperçoit vite que ce n’est pas si simple d’arriver à l’heure aux séances et que l’attente est chaque fois de 30 mns environ.La foule impressionne , 150 000 personnes en moyenne tous les ans.
Parfois, quelques séries de films donnent lieu sur scène à une présentation de la brochette de réalisateurs concernés. On ne leur donne pas la parole ce qui fait qu’ils ne peuvent pas corriger le nom qui leur est attribué par le présentateur au fort accent anglo-saxon. Je ne peux pas m’empêcher de penser à la chanson de Philippe Clay « il était pauvre quidam » l’histoire d’un type qui pour sortir de l’anonymat commet un délit. Manque de bol, le journaliste qui transcrit l’évènement se trompe dans l’orthographe du nom de l’auteur qui reste donc pour l’éternité « un pauvre quidam »
Je me demande ce qu’a pensé Monsieur Couenon de se voir présenté sous le nom de Canova. Il a du être tellement surpris que, le temps de réagir, la couleuvre était avalée et il devait quitter la scène fissa. A Clermont chaque minute est comptée. Même les minutes de gloire.
Heureusement, on a les tables rondes du matin. Un des moments intéressants de ce magnifique festival : la proximité avec les auteurs de films qui représentent souvent leur première oeuvre. Les spectateurs apprécient cette occasion rare de découvrir des réalisateurs venus du monde entier pour parler de leurs bébés. Clermont est leur Mecque, une occasion unique pour eux. Être sélectionné ici représente déjà une victoire.
Le matin des projections donc, une table ronde avec les réalisateurs est organisée. Un Canadien et 2 Français mènent les entretiens.Ils ont tous trois plus de 50 ans. Aucun point de vue féminin ou jeune sur les films donc. L’échange avec le public est des plus réduits.
Tous ces jeunes réalisateurs ont choisi le cinéma, ce qui n’est pas simple pour s’exprimer. On ne peut être qu’admiratif quand on connaît le parcours du combattant que cela suppose. Fiers aussi d’être en France où les aides sont nombreuses et importantes pour un court métrage. Exception culturelle remarquable quand on songe, qu’à part les nombreux festivals et les télés, le marché du court métrage est des plus réduits en France.
Je suis une pauvre apprentie scénariste et j’essaye de comprendre comment ça se passe quand on a écrit une histoire que l’on juge passionnante pour qu’elle soit un jour concrétisée à l’écran. Je profite donc du Festival avec prises de notes sur les films sélectionnés sans oublier les Réalisateurs, les aides reçues et les Producteurs. Un vrai travail d’enquête.
Pour en savoir plus, je décide d’entrer en contact avec un réalisateur qui semble faire partie des habitués à Clermont. Voici notre échange de textos :
MOI - J‘aimerais vous rencontrer pour un projet de court métrage à Clermont. Je vous propose le cocktail Nikon à l’Hotel Oceania
LUI - j’y suis
MOI - vous êtes où ?
LUI - je fume une clope dehors
MOI - j’ai trop froid, je vous attends devant l’ascenseur
LUI (5minutes plus tard) - je fume tjrs dehors
MOI - OK j’abandonne
J’avais déjà remarqué la suffisance de ce jeune homme. Vincent Mariette avait en effet participé au jury de la seconde édition du festival du CLAP. A l’époque, il sortait juste de la Femis. Nous étions en 2009. Quoique volontaire, il avait tenu à montrer combien ce rôle de juré l’ennuyait. Attitude qui tranchait avec celle des autres membres du jury, Dominique Besnehard et Mia Hansen-Love en particulier.
4 ans plus tard je retrouve Vincent Mariette à l’affiche du festival de Clermont-Ferrand. Il y présente son troisième film court. C’est un habitué du festival. Il a même gagné le prix national de la Jeunesse (prix mérité) en 2012. C’est avec curiosité que j’assiste à son interview en 2013. Je ne suis pas déçue.
En effet Vincent Mariette tranche complètement sur le ton des autres réalisateurs. Il est encore plus blasé que dans ma mémoire. Écoutons ce que ce Maestro, 35 ans environ, a comme message. L’histoire de son film est celle d’un huis-clos entre 2 hommes dans un hammam. Le tout en noir et blanc. Pourquoi un hammam ? « parce que c’est débile, donc j’ai décidé de le faire. »
Question « A un moment on voit un lézard, et d’ailleurs votre film s’appelle les lézards. Pourquoi ? »
« Ce n’est pas un lézard mais un varan. En fait c’est un mirage. Je me suis dit pourquoi pas un varan ? »
Question « vous avez choisi des réalisateurs pour jouer les personnages ? »
« J’avais rencontré ce réalisateur (Vincent Macaigne grand vainqueur 2012 à Clermont). J’aimais bien sa façon de parler. Les essais ont d’ailleurs été catastrophiques. Ça m’a donné envie de continuer. Comme l’espace du hammam est ridicule, il y a peu de péripéties. J’avais envie de dialogues. J’aime bien les dialogues »
Question « pourquoi le noir et blanc ? »
« C’est moins trivial. Ce sont deux hommes qui sont à moitié nus. Comme ils ont rendez-vous avec des jeunes femmes contactées sur Internet, le noir et blanc me parait un choix instinctif rendant les choses moins vulgaires. Au départ, J’avais dans l’idée un macho qui rencontre des femmes sur Internet, à qui il donne rendez-vous dans un sauna. Comme ça elles sont déshabillées, on voit où l’on va. »
Question « Le tournage a duré longtemps ? »
« Quatre jours non-stop à suer. J’aime les contraintes, c’est une pesanteur qui me plait »
Question « on voit 2 femmes passer un court moment à la fin»
« J’aimais bien l’idée qu’elles aussi se retrouvent dans un hammam après s’être rencontrées sur Internet. »
En fait on n’en saura pas plus. Je note avec étonnement que le public a ri à certaines répliques de ces anti-héros ceints d’une serviette grisatre et qui sont loin d’être des Apollons. Sans doute les spectateurs se reconnaissent-ils dans ces personnages de loosers patauds qui ne savent pas s’y prendre avec les femmes.
Vous voulez mon sentiment ? Môssieur Mariette a bricolé vite fait un petit film pour exister à Clermont. Je peux me tromper.
Il me reste à trouver un réalisateur sensible et intelligent.
Depuis j’ai jeté mon dévolu sur un autre réalisateur.Son film est le plus beau de tous ceux vus à Clermont « Avant que de tout perdre »
Xavier Legrand nous a offert un film très efficace pour montrer la fuite d’une femme battue qui a décidé de quitter son mari en se servant de son cadre de travail, un supermarché. Un suspense implacable. Le méchant mari rode dans le supermarché. On a vraiment peur pour cette mère (jouée par Léa Drucker) et ses 2 enfants. La solidarité de tous est réconfortante. Le sujet est traité avec beaucoup de finesse. Dès la fin de la conférence, je trottine derrière le réalisateur pour prendre son mail. (j’apprendrai le lendemain que c’est son film qui a remporté le plus de récompenses. Pourvu qu'il n'attrape pas la grosse tête)
Dans le train qui me ramène à Paris je tente un résumé de l’expérience. Il existe un profil Clermontois. C’est presque une tribu. les réalisateurs sélectionnés ou pas se ressemblent. Ce sont des garçons à 80%, un poil barbu décliné dans toutes les longueurs possibles, on les devine urbains et même parisiens. (Je parle des Français, les auteurs des autres pays ne me semblent sortir du même moule.) Je suppose que Tarantino est leur Dieu et qu’ils ne parlent du « Cinéma français » qu’avec condescendance. Beaucoup de ces films présentés à Clermont reçoivent des aides (CNC, régions, TV ...) on se demande parfois sur quels critères tant la qualité n’est pas toujours au rendez-vous.
je suppose que seul le dépit de ne pas faire partie du Sérail m’anime...
Pour les Parisiens qui voudraient se faire une idée les films récompensés sont projetés au Forum des Images le 16 février 2013
Illustration : le centre de documentation "La jetée" coeur névralgique de l'association qui organise le festival