articles originaux pour la plupart. Ils concernent essentiellement la vie politique française par une citoyenne qui a gardé ses capacités d'indignation. En toute subjectivité.
mardi 3 mars 2009
Vous l’avez compris il s’agit de noyer le poisson et les avocats savent s’y prendre. Les supporters tibéristes qui remplissent les 2/3 de la salle à la louche sont au marché. Au marché à l’avocat.
Car on ne sait jamais c’est un bon moyen pour en découvrir un bon.
On va faire pareil et leur mettre des notes, finalement ce sont aussi des acteurs.
Thibault de Montbrial, un ancien collaborateur de Jean-Pierre Mignard avait ouvert le bal en défendant Annick Mercier sur l’air de la contrainte. Il parle de sa cliente en disant plusieurs fois « ce petit bout de femme », il souligne qu’elle a dit d’emblée tout ce qu’elle savait. Il y avait des abcès à crever. C’est en pensant à elle que le gendarme Guessant disait qu’ «ils avaient enfin la possibilité de parler de se lâcher»
L’avocat relate une anecdote : alors qu’ils étaient dans la salle des pas perdus Lyne Cohen Solal lui avait adressé la parole déclenchant les foudres de Xavière Tiberi laquelle avait tenté d’ameuter la presse sur l’air du complot « Vous voyez Mme Cohen Solal essaie d’influencer Madame Mercier »
On connaît maintenant Madame Mercier, la véritable emprise qu’avait Madame Affret sur elle ; c’est vrai qu’elle n’avait pas l’envergure pour résister à des gens installés dans leurs pouvoirs depuis longtemps. De Montbrial donne un autre exemple dans un question anodine posée à AM Affret « pouvait-on refuser de distribuer des tracts ? » la réponse est édifiante et candide : « Non, ceux qui avaient un empêchement pouvaient ne pas venir » Voilà sans doute l’expression de la grande humanité de Madame Affret.
Sans surprise Thibault de Montbrial dit qu’on a entendu des choses ahurissantes dans ce prétoire, et après 15 ans d’exercice il est surpris : on n’a jamais autant fait mention de peurs physiques, de menaces diverses (Nentien, Baillet et Mme affret). Mais la seule qui a reçu un message vraiment inquiétant c’est elle, ce petit bout de femme ; il s’agit bien sur de la fameuse affaire des plumes.
On se rappelle que l’avocate de Lyne avait demandé à Mme Mercier si sa déposition de main courante avait eu des suites. Du coup Mme Mercier est partie au Commissariat du 5ème pour en avoir le cœur net. Une fois sans son récépissé qu’elle pensait avoir perdu. Manque de chance les policiers ont déclaré qu’ils n’avaient pas retrouvée la dite main courante bien qu’ils l’aient cherchée partout. Je connais les mains courantes c’est bien rangé dans un grand livre ce n’est pas le genre de choses qui disparaissent.
Décidemment obstinée Mme Mercier est revenue à la charge avec le récépissé cette fois et miracle on a retrouvé la main-courante. L’officier de police en a profité pour lui dire «vous savez vous devriez faire attention, les plumes c’est une menace de mort dans certains pays méditerranéens»
L’avocat, que les spectatrices qui m’entourent trouvent très bien, finit par oser demander la relaxe pour sa cliente qui n’a pas su s’opposer là où Bardon et Nentien n’ont rien pu faire. Pendant qu’il y est il demande qu’aucune mention ne soit inscrite à son casier judiciaire.
Monsieur De Montbrial aimerait que Madame Mercier quitte ce tribunal en ayant retrouvé son honneur. Le chœur autour de moi, qui n’aime pas madame Mercier, trouve qu’elle a bien été défendue.
Maître Chevais qui défend Madame Affret a du conclure un accord avec les Tiberi. Il ne sera pas question d’eux dans la plaidoirie. Par contre comme il faut bien qu’il se mette quelqu’un sous la dent ce sera brièvement Lyne Cohen Solal. Dans sa logique toute l’affaire est politique, il va répéter le mot comme s’il voulait s’en persuader.
Les deux procureurs sourient, penchés sur leurs dossiers.On ne le trouve pas très convaincant cet avocat autour de moi.
Oui, bon il reconnaît qu’il y a eu manœuvres frauduleuses. Même le Conseil Constitutionnel l’a reconnu !
Mais non ! ces manœuvres n’ont pas porté atteinte à la sincérité du scrutin. Quelle idée !
La bible de Maître Chevais c’est la décision du Conseil Constitutionnel. Il va même suggérer que ce petit Tribunal Correctionnel de Paris ne va quand même pas prendre une décision différente de celle de la juridiction suprême qui a nom Conseil Constitutionnel ?
Connaissant mon président Albert je sens qu’il ne va pas aimer l’argument.Quant au procureur Aubert, il sourit ouvertement.
L’avocat qui a l’air d’avoir oublié quels clients il devait défendre ose dire que l’échantillon de 196 faux électeurs lui parait ridicule. « pourquoi pas 5000 ?»
Il se souvient ensuite de la noble tache qui l’amène dans ce prétoire. Apitoyer 3 juges maintenant sur le sort de Monsieur Mondain.. Vous vous rappelez l’homme à tout faire, celui qui ressemble au dandy dans Lucky Luke. J’avoue que nous n’avions pas compris quel grand serviteur de l’Etat était Patrick Mondain dont la fière devise -Discrétion et efficacité- reflète la grandeur d’âme.
Bref il ne faut surtout pas qu’il soit inéligible vu les difficultés qu’il a rencontré pour être titularisé. «Pour les quelques années qui lui reste à vivre» dit Maître Chevais emporté par un lyrisme douteux : on a bien noté que cet homme délicieux, Patrick Mondain n’est poursuivi que pour des broutilles. Est passée sous silence la tenue de la cassette secrête de Xavière Tiberi par Monsieur Mondain. Le procès a révélé qu'il était chargé de retirer de grosses sommes en liquide à la banque pour le compte de sa patronne. Rappelez-vous que Xavière a déclaré tout payer par chèques (pour prouver qu'elle n'avait pas convié Nentien au restaurant!)
Nous avions aussi sous estimé Anne Marie Affret. «Un cœur grand comme le 5ème» ça ne s’invente pas. Quel tableau charmant !
On devrait tous ressembler à ce que les avocats disent de nous !
Anna donc puisque c’est son nom de code, fille d’immigrés italiens qui connaît le 5ème comme sa poche, a pris ses responsabilités avec panache, elle au moins. On a voulu la pousser à la délation mais elle ne mange pas de ce pain là. Elle est partout à trottiner au service de la population. Devinez qui on appelle quand un immeuble est en feu dans cet arrondissement béni des Dieux ?
Au final on finit par évoquer les horribles perspectives ouvertes hier par les méchants procureurs. La prison c’est la honte et l’inéligibilité c’est la certitude de perdre son gagne pain. Comment ferait-elle pour vivre avec une pension d’invalidité de 580 euros ? « Allons laissons-là aller au bout de son dernier mandat, elle qui n’a jamais profité de rien ».
Celui que la salle préfère c’est l’avocat de JC Bardon. Vous vous souvenez : le maire intérimaire, temporaire qui a gardé le fauteuil de Tiberi au chaud pendant les années de gloire hoteldevillesques. Du reste ce n’était pas un maire amer : il n’avait aucune ambition personnelle.
On trouve l’avocat excellent. Le ministère public lui a du reste facilité le boulot en ne se prononçant pas sur la culpabilité de Bardon. Ainsi cette anguille qui a rejoint les rives de la Baltique pourrait passer entre les gouttes. (incroyable dixit Lyne Cohen Sollal)
Maître Doumith, qui est un vieux cheval, comme il le dit lui-même, rablé et tout en rondeurs, a un mot aimable pour tous ceux qui composent ce gentil tribunal : Le Parquet est pertinent et a montré beaucoup de tact et de délicatesse ; le Président Albert est un ancien grand juge d’instruction et Bardon a commis des choses tellement infimes que l’on peut aller jusqu’à parler d’innocence.
Maître Doumith termine en apothéose avec un proverbe espagnol : « le mariage est un sac qui contient 99 vipères et une anguille »
Le fan-club, aux anges, profite de la pause pour noter le nom de l’avocat.
Ma journée se termine avec le défenseur de Jacqueline Mockycki qui souffre d’un phrasé qui le rend incompréhensible. La salle décroche, moi aussi. De toute façon il est à l’image de sa cliente, terne.
Reste le couple des instigateurs qu’une armada de gros calibres du barreau va s’efforcer de défendre demain.
A suivre avec Un vieux lion fatigué, un héron cendré agité et une petite poule noire énervée, par Anne Junk
Photo : Léa Sanchez