articles originaux pour la plupart. Ils concernent essentiellement la vie politique française par une citoyenne qui a gardé ses capacités d'indignation. En toute subjectivité.
C’est un grand jour que ce lundi 2 mars 2009. Un grand jour pour une justice imparfaite et persévérante. Un grand jour pour tous les gens attachés à la recherche de la Vérité. Ces mots choisis par la substitut du Procureur donnent le ton d’un réquisitoire magistral.
La salle, pleine, suspend son souffle. On sent que les mots sont importants C’est d’une vraie leçon de démocratie qu’il s’agit. La tension va monter tout l’après midi pour se terminer par un coup de cymbale final à 17h30.
On va tous ressentir la force de la gifle qui frappe les citoyens quand la loi commune est violée.
On les avait bien remarqués les deux substituts qui surplombent le tribunal sur la droite de la salle. Ils frappaient par leur jeunesse et leur beauté. Et puis on a réalisé, au fil des jours, que les questions qu’ils posaient tranquillement aux prévenus et aux témoins étaient remarquables, pertinentes, trahissant une parfaite connaissance du dossier. Empreints même parfois d’une certaine ironie.
Nous ne sommes pas déçus par le tableau de la Fraude que nous brosse la jeune femme brune. Elle décrit une dynamique collective, une organisation structurée, la constitution de cercles de personnes de toute confiance. On quadrille, on saupoudre des adresses, on fabrique de fausses cartes. On donne l’ordre aux déménagés de ne pas s’inscrire ailleurs pour ne pas être radiés dans le 5ème . On radie sans pitié par contre ceux qui sont supposés être hostiles à jean Tiberi, mais il faut aussitôt en réinscrire pour faire du chiffre.
On connaît maintenant bien le mécanisme mais on trouve encore matière à s’indigner.
Le verrou qui aurait du empêcher cette mécanique infernale ne fonctionne pas : La commission de révision de listes électorales se retrouve elle aussi composée de partisans et adopte un fonctionnement étonnant.
Les dés sont pipés.
D’ailleurs peu importe de savoir si ces faux électeurs ont voté et pour qui ils ont voté, peu importe la différence de voix entre les candidats. Seule la tentative serait suffisante pour établir le délit. Ouf ! Nous serions donc encore dans l’Etat de droit auquel on finissait par ne plus croire.
On respire enfin ! Depuis ce calamiteux arrêt du Conseil Constitutionnel qui avait jugé que oui il y avait bien des manœuvres irrégulières, mais que le nombre de faux électeurs était insuffisant pour inverser le résultat de l’élection.
Combien de nous ont relu cet arrêt avec indignation. Car les choses auraient été plus faciles à arrêter alors en 1998. Il y a un siècle !
Cette fraude est ancienne, le substitut continue sa démonstration en l’illustrant de noms, citations, dates précis qu’elle sort du dossier. Bien antérieure à 1994 les témoignages ne manquent pas.
Les obstacles à la démonstration de la vérité ont été multiples, elle en cite. Elle pense surtout que si les gendarmes avaient voulu tout vérifier on ne serait jamais venu à bout du dossier. Les braves gendarmes, ils n’étaient jamais que 3 à travailler ensemble, mais ont su choisir la bonne méthode : recoupement et travail sur un échantillon.
Tous ces éléments prouvent que la liste de 196 noms qui correspond aux faux électeurs répertoriés sur la courte période examinée (1994-1997) ne correspond en rien à la réalité de la Fraude. « La défense pourra contester un nom ou cinq, IL N EMPECHE QUE LA FRAUDE EST ETABLIE ET CE AU BENEFICE DE JEAN TIBERI ».
Jean Tiberi qui n’a pas arrêté de dire qu’il n’y avait pas intérêt puisqu’ il était réélu facilement
Une élection n’est jamais gagnée d’avance. De plus le résultat d’un scrutin dépasse le résultat d’une élection Il s’agit pour un élu de renforcer ses positions et s’assurer entre autre un maximum de sièges au conseil de Paris.
Alexandre Aubert, procureur de la République a la tache maintenant de proposer d’établir les responsabilités de chacun et de requérir les peines correspondantes.
On oublie qu’on a mal au dos, on veut tout de suite passer à la fin comme dans un polar.
Aubert nous donne le programme. Il distingue 3 groupes parmi les prévenus
- les militants et fonctionnaires dévoyés (1)
- les rouages défaillants (2)
- les élus organisateurs (3)
Plutôt alléchant comme programme.
Pour Madame Sahnoune, malgré ses prestations alambiquées à l’audience, on ne retient véritablement qu’un seul faux électeur. Aubert la voit plutôt en victime du système et propose la relaxe (à mon grand étonnement je dois dire)
1- Madame Mathieu, qui n’a cessé de nier sans convaincre ni le jury, ni le procureur, ni moi, a aussi contre elle les experts en écriture qui sont formels pour l’incriminer. Elle va se voir proposer une amende de 1000 euros assortie d’inéligibilité et de privation de droits civiques pendant 1 an.
Aubert requiert les mêmes peines pour Madame mercier ( un Fonctionnaire a un statut qui lui permet de s’opposer ) et Monsieur Mondain,( homme à tout faire même l’illégal) Confondu par les experts graphologue et qui continue en 2000 de faire des faux certificats d’hébergement !
De toute façon pour tous les prévenus reconnus coupables c'est-à-dire tous sauf Madame Sahnoune l’inéligibilité est au programme. La privation de droit civiques et l’amende vont seuls varier.
2- Les Rouages administratifs défaillants sont au nombre de 2 : Olivier Favre et Raymond Nentien
Le procureur Aubert est plutôt gentil avec Favre dont il salue la décontraction rafraîchissante et qui a su apporter des témoignages utiles à la vérité. (quoique tardivement dans le procès, selon moi) Il souligne aussi l’absence de gratification personnelle, ce qui est rare dans la brochette de prévenus..
Résultat : 1500 euros et la privation de ses droits civiques pendant un an
Il fait observer un point intéressant à l’attention des avocats de la défense, lesquels n’ont pas hésité à attaquer Favre sur son témoignage à géométrie variable. A partir de 2001 Tiberi n’est plus Maire de Paris et la parole de Favre devient brusquement plus libre.CQFD
Par contre notre Procureur se montre plus sévère avec Raymond Nentien. Il regrette la faillite du Fonctionnaire le plus élevé en grade. « Le devoir de refuser était à sa portée » Il trouve que sa prise de conscience est bien tardive, mais il retient quand même que mieux vaut tard que jamais. Il propose quand même 2 mois de prison avec sursis et 5000 euros d’amende + privation de droits civiques pendant 1 an.
3- la Cour des Elus et leurs proches
Quant à Bardon, le Procureur ne se prononce pas, il le juge d’une mauvaise foi patente, transparent au Tribunal ; mais il ne l’épingle pas, en laissant le soin au Tribunal d'évaluer sa responsabilité. C’est vrai qu’il est difficile à cerner le pseudo maire intérimaire.
Bon on arrive maintenant au gros gibier
Jacqueline Mockrycki n’a parlé qu’en Garde à vue. Elle a reconnu la Fraude et dit que cela profitait aux élus. Elle aurait pu collaborer mais au lendemain de sa Garde à vue elle est reprise en main par le clan Tiberi et tourne le dos à la Justice en choisissant le camp du silence.
Glacial Alexandre Aubert dit que Jacqueline Mockrycki ne devrait plus servir la Fonction Publique.Sans oublier 6 mois de prison et 5000euros et 5 ans de privation de droits civiques.
Ce procureur impressionne par la justesse de ses analyses.
Il n’a pas fini de nous impressionner.
C’est le tour d’Anne-Marie Affret. Manque de bol son charme de petite fille qui écarquille les yeux et étourdit notre président sous un flot de parole n’a pas agit sur le Procureur. « le vrai maillon faible devant le tribunal c’est elle mais elle n’a reconnu que ce qui était de sa main » 10 mois de prison, 3000 euros d’amende, 5 ans de privation de DC.
De plus Aubert dit que Mme Affret n’est que le bras gauche et qu’il n’y a en fait qu’un seul bras droit !
Oh la la ! Quelle science dans la transition. Pour un peu la foule scanderait « le bras droit, le bras droit ! » car nous avons compris où il veut en venir ou plutôt à qui. L’attention ne se relâche pas, au contraire…
Sans perdre de temps le procureur fait l’addition de Xavière. Tout le monde attend cette scène dans le 5ème depuis des dizaines d’années. Il lui parle en particulier d’une Madame François (une vraie amie d’après vous) il a raison d’insister les vrais amis se font rares. Mme François donc qui a expliqué avec candeur que Xavière souhaitait tout simplement que son Tiberi de mari obtienne le plus de voix. Quoi de plus naturel ? Pour le procureur Aubert Xavière est l’illustration parfaite de la parabole de la paille et la poutre. Tiré de l’évangile ça devrait lui plaire. « Elle projette ses propres turpitudes sur les autres, par exemple quand elle dit je connais bien l’influence du Maire de Paris… »
Encore une dont le charme n’a pas agi sur le Procureur
Il relève encore la condescendance et le mépris qu’elle utilise pour rabaisser en vrac les plantons, les petites mains, ceux qui se pensaient ses amis. Elle écope de 10 mois 5000 euros d’amende et 5 ans de privation de DC.
« Xavière Tiberi est un électron libre mais elle gravite autour d’un noyau »
Non mais vous avez vu comment notre Procureur annonce sa prochaine victime ? Je suis béate d’admiration !
Les mots ont un sens pour le Ministère Public ! S’ensuit la liste des mensonges et des incohérences de Jean Tiberi, enfin quelques uns qui ont frappé Monsieur Aubert. L’anecdote de Monsieur Mouzeret est rappelé elle est savoureuse. Ce Monsieur était gardien à la mairie. On l’accusait de tirer au flanc alors il a noté les noms de tous ceux qui entraient et sortaient. C’est ainsi qu’on a pu établir la présence de Jean Tiberi nuitamment le 23/04/1997.
COUPABLE le mot est enfin lâché On a envie d’applaudir. En vérité, pas tout le monde dans la salle : les Tiberistes ont l’air assommés.
Il est requis de la prison "1 an : autant que pour l’usage illicite de cannabis" précise le Procureur.
+ 10000 euros d’amende
+ l’inéligibilité
+5 ans de privation de ses droits civiques
+ L’inscription de la peine pendant 2 mois en Mairie du 5ème.
Le Procureur a le mot de la fin avant que l’escouade d’avocats payés à prix d’or se regroupe autour de leur client maltraité : « Malmenée, la justice reste la plus forte »
Pas mal ce procès non ?
A suivre. L’anguille de la Baltique ( Procès Tiberi acte XIV)
Photo: Léa Sanchez