articles originaux pour la plupart. Ils concernent essentiellement la vie politique française par une citoyenne qui a gardé ses capacités d'indignation. En toute subjectivité.
La vedette du jour c’est lui : Raymond Nentien ancien secrétaire général de la Mairie du 5ème arrondissement de Paris. Les journalistes de FR3 ne s’y trompent pas qui tentent de l’interroger à son arrivée « êtes vous courageux ? » demande l’un d’eux. M. Nentien ne répond pas.
Au seuil de la retraite, il ressemble à Bourvil et à beaucoup de petits fonctionnaires de province.
A la fin de son interrogatoire par les Gendarmes il dira que c’est grâce à ses origines campagnardes qu’il a pu résister aux suites de l’affaire qui a détruit sa carrière.Pas de doute c'est un vrai : Un parisien aurait parlé d'origines rurales.
Jean Tiberi arrive ensuite tout sourire, apparemment plus détendu que la veille. Les journalistes essayent de lui soutirer une impression. Peine perdue. Le Maire du 5ème garde ses déclarations pour le tribunal et il ajoute mezza voce « c’est la démocratie » Il est des commentaires qui ne s’inventent pas
L’audience commence
Le Président Albert sera seul tout au long de la journée à parler au nom du Tribunal, un peu comme Alain Delon qui parle de lui à la 3ème personne.(« le Tribunal estime que… ») On sent qu’il connaît bien le dossier et qu’il a l’intention de le traiter de façon très méthodique comme un juge d’instruction, fonction qu’il a d’ailleurs exercée.
Tant mieux on va peut-être y voir plus clair.
On a donc droit à un rapport permettant de se remémorer les phases essentielles d’une instruction que le président Albert qualifie lui-même de chaotique.
L’historique étant maintenant bien connu grâce à la presse, je ne le redonnerai pas ici. Je relève simplement que l’enquête de la Brigade de Recherche de la Gendarmerie a été très fouillée. Il aura fallu 7 commissions rogatoires successives pour parvenir à dresser un tableau de la fraude « toutes les données ont été croisées et seule la gare de triage de la gare saint Lazare peut donner une vague idée du résultat » Finalement à la lecture des constatations matérielles, consultation de tous les services, interrogatoires, expertises graphologiques et autres lettres anonymes on en vient à se dire qu’il fallait bien des années pour en venir à bout.
Notons aussi que l’ordonnance de renvoi classe les prévenus en 3 catégories : les exécutants, les contremaîtres et les organisateurs (Les Tiberi, Mme Affret, M. Bardon et la Directrice de cabinet actuelle)
Arrivé à ce stade le président demande que l’on tire les rideaux car le soleil inonde la salle d’audience et « certains prévenus sont en train de bouillir » dit-il
« Nous aussi » signalent les avocats mais le Président estime que les avocats étant payés, ils peuvent supporter quelques rayons.
L’avocate de Line en profite pour demander très respectueusement au Président s’il ne pourrait pas parler plus fort, de façon à être entendu dans la salle.
Le Président déteste manifestement ce genre d’intervention il répond en maugréant que la justice n’a pas toujours les moyens matériels qu’elle souhaiterait. Pour preuve il tapote sur le micro qu’il a mis de côté ; lequel micro répond très faiblement à ses sollicitations. « J’essaye de ne pas risquer d’être aphone à la fin de l’audience » et il ajoute « peu importe si on ne m’entend pas au fond de la salle du moment que les Prévenus eux m’entendent »
Ce qui constitue une interprétation toute personnelle du caractère public du procès.
D’ailleurs la malheureuse avocate qui a osé soulever le problème sera punie. Le Président lui refusera de poser une question alors que les avocats de la Défense auront le droit d’intervenir autant qu’ils le voudront.
Mais voici qu’entre en scène Monsieur Nentien pour un interrogatoire qui s’annonce passionnant.
Debout à la barre Raymond Nentien va s’efforcer de répondre le plus clairement possible aux questions du Président. Il a tout l’air d’un honnête homme. Madame Affret, assise juste à coté de lui, va se tourner de façon à pouvoir le regarder fixement pendant toute son intervention.
S’ensuit la description détaillée et chronologique de la carrière du personnage. D’où il ressort que c’est un bosseur qui a gravi les échelons en passant tous les concours administratifs internes jusqu’à celui d’attaché d’administration centrale. Il est capacitaire en droit.
En 1990 alors qu’il est en poste comme administrateur à la mairie du 14ème il reçoit un appel de Madame Tiberi qui lui propose de remplacer la secrétaire générale de l’époque qui aurait eu des problèmes relationnels avec le personnel de la Mairie.La dite secrétaire générale Madame Chauteau-Tremblay sera appelée à témoigner dans le Procès, le même jour que les autres témoins cités par les parties civiles.
Raymond Nentien remplira les fonctions de secrétaire général jusqu’au 31/08/2000 date à laquelle il est démis de ses fonctions par M. Tibéri.
Le rôle d'un Secrétaire Général est ensuite détaillé. C’est ainsi que Monsieur Nentien, chef du personnel aurait pu nommer le chef du bureau des élections. En fait c’est Monsieur et madame Tiberi qui décidaient de tout à la mairie du 5ème jusqu’au plus petit détail et même pendant la période où Jean Tiberi exerçait les fonctions de Maire de Paris. « Monsieur Bardon n’avait aucun pouvoir, il était mis à l’écart systématiquement, en fait c’était une potiche »
Le mot est laché il sera repris par tous les journalistes, parfois avec une coquille Le maire potiche devenant postiche.
Concernant Madame Bourgeix qui lui a succédé, Nentien déclare tout de go qu’elle n’a pas les compétences pour être secrétaire générale, qu’il lui a demandé a plusieurs reprises d’arrêter de voter dans le 5ème alors qu’elle habitait le 13ème.Ce depuis 1994 date à laquelle il s’est aperçu du fait.Notons que Madame Bourgeix organise encore les élections en 2009, ce qui n'est pas vraiment rassurant.
Après son audition par les gendarmes Nentien a suggéré à Madame Affret de dire la vérité. Celle-ci, livide, lui avait répondu qu’elle ne pouvait pas.
Notre brave inculpé déplore l’attitude de Monsieur Olivier Favre, chef du bureau des élections qui a quitté la mairie sans le soutenir « je demande à Favre de dire la vérité. C’est tout ce que je veux, je n’ai pas compris qu’il m’abandonne en rase campagne »
On sent qu’il en a gros sur le cœur
A partir de là je préfère transcrire questions du Président et réponses de Nentien, prévenu sur qui le procès repose, le plus fidèlement possible
Le P : « quel était le statut de Mme Tiberi à la Mairie ?
RN : « Monsieur Tiberi avait 2 bras droits : sa femme et Mme Affret. On peut aussi parler de chevilles ouvrières.
Comme Mme Tiberi a un fort tempérament que tout le monde connaît, elle donnait des ordres incontournables.
Quant à M. Tiberi il joue le rôle du gentil, de l’affable, du courtois en apparence.
Pour l’action il avait besoin de Mme Tiberi d’abord, de Mme affret ensuite »
Le P. « aviez-vous un rôle de contrôle en matière d’élection ? »
RN « dans le 5ème avec plus de 40.000 électeurs c’était matériellement impossible »
Le P « avant l’ouverture de l’instructions avez-vous été alerté ? »
RN « oui en 1991 Monsieur Comiti m’a déclaré qu’il y avait des faux électeurs »
Le P « qu’avez-vous fait alors ? »
RN « je suis allé voir le chef de cabinet pour prévenir Monsieur Tiberi qu’il y avait un problème à régler »
Le P « vous auriez pu intervenir davantage ? »
RN « Non ! J’ai fait preuve de courage. Je n’avais pas les moyens de faire une enquête. J’ai demandé dans une note à Monsieur Tiberi de mettre à jour la liste des électeurs dans les immeubles sociaux. Je voulais l’aide d’autres personnels de la Mairie mais je me suis retrouvé seul. Je n’avais pas soupçonné la puissance du Maire de Paris. JE PEUX DIRE QUE JE NE SERAIS PAS LA AUJOURD HUI SI M.TIBERI AVAIT ETE REELU MAIRE DE PARIS EN 2001 J’aurais été laminé. »
Le P Quelles étaient vos relations avec les Tiberi ?
RN J’avais de bonnes relations jusqu’à l’ouverture de l’instruction. Quand Tiberi a compris que je n’accepterai pas de porter le chapeau, il a cessé de me saluer et m’a affecté dans un placard.
Personne à la Mairie ne me disait plus bonjour.
Le président donne ensuite la parole aux avocats de la Défense qui interrogent Raymond Nentien sur ce qu’ils considèrent comme étant ses points faibles : ce serait un fonctionnaire frustré, dépressif, peu aimé de ses subordonnés. A quoi il répond en donnant la liste de ses médicaments, en dénonçant les rumeurs que M. Tiberi a fait courir contre lui, et en reconnaissant que s’il a un défaut c’est plutot celui d’être trop gentil et de manquer d’autorité.
Mais les avocats ne s’arrêtent pas là et lui reprochent de ne pas être intervenu pour mettre fin à la fraude.
Ce qui est croquignolet vous en conviendrez
R.Nentien répond qu’on peut lui reprocher d’avoir trop tardé mais il répète qu’il a fait ce qu’il a pu dans une situation où la marge de manœuvre était nulle. « J’ai radié un maximum de cartes en retour malgré les engueulades »
Il est 19h, le Président Albert n’est pas devenu aphone, il en profite pour mettre fin à la séance.
Je trottine derrière Raymond Nentien qui va sortir seul de la salle d’audience, je lui serre la main et le félicite pour son courage.J'ai, à ce moment, le sentiment qu'il n'y aurait jamais eu de procès Tiberi sans lui.
Son cas constitue surement un cas d’école pour l’étude du harcèlement au travail.
A suivre
Le bal des petites mains (procès Tiberi acte III)
Photo : Messieurs Dominati et Tiberi (agence Reuters)