articles originaux pour la plupart. Ils concernent essentiellement la vie politique française par une citoyenne qui a gardé ses capacités d'indignation. En toute subjectivité.
Ce 21 juin 2009 de nombreuses affiches sont apparues dans mon quartier. Il y en avait partout mais ce n’était pas en l’honneur de la fête de la musique comme on aurait pu s’y attendre. Non on noua avisait que le maire du 5ème, Jean Tiberi convoquait le peuple de sa circonscription pour un Conseil de quartier jardin des plantes.
De mémoire d’habitants je n’avais jamais vu un tel battage
C’est donc que l’affaire était importante. Qu’on en juge : 2 questions seulement à l’ordre du jour
1-concertation sur la réaffectation des locaux du 5 rue Vésale.
2- questions diverses
Le rabattage ne s’était pas arrêté là puisque de nombreuses personnes ont été invitées par téléphone à participer à ce débat essentiel.
Je connais la rue Vésale pour l’emprunter souvent en allant aux Gobelins, une rue tranquille dans un quartier tranquille. Je la connais surtout depuis le fameux procès Tiberi qui a permis au Monde entier de connaître la rue où le clan politique se réunissait pour trafiquer les listes électorales.
Je ne suis pas une fanatique des conseils de quartier où j’avoue n’avoir jamais mis les pieds mais l’occasion me paraissait de celles à ne pas manquer.
Et puis j’avais entendu parler des réceptions champagne et petits fours de la mairie du 5ème.
Bref je me pointe à la mairie une heure avant l’heure dite, motivée.. Et là surprise ! la grande salle des fêtes est déjà noire de monde. Le même monde que celui qui se pressait au procès. Je compte à ce moment là 150 personnes. A 18h nous étions plus de 200.
Comme j’aime bien comprendre je demande à Monsieur Chaminade, qui présidait mon bureau de vote ce qu’il pense de la condamnation de Jean Tiberi. Chaminade a l’air surpris « et la présomption d’innocence vous en faites quoi ? » ![]()
Difficile d'expliquer à ce monsieur que lorsque quelqu'un est condamné la présomption d'innocence devrait s'effacer devant la notion d''erreur judiciaire.
D'ailleurs je note que la présomption d'innocence ne s'applique pas à Lyne Cohen Solal qui est condamnée par les tiberistes avant même d'être jugée pour un éventuel emploi fictif à la mairie de Lille. Xavière Tiberi avait fait mieux en son temps avec son fameux rapport sur la francophonie, payé par Xavier Dugoin, mais peu importe. "Vous vous rendez compte : Mme Cohen-Solal ne fait même pas ses courses dans le 5ème"
J'ai le temps de savourer l'horreur de la chose.
J’ai le temps aussi de faire connaissance de ma voisine qui me décrit le soin que prennent les gens de sa rue Cujas de leurs clodos. C’est ainsi que le sieur « Bébert » a droit à sa soupe tous les soirs en hiver et le petit déjeuner fourni par les commerçants de la rue Saint Jacques « il est là depuis 30 ans et il ne partirait pour rien au monde »
Je savais que le quartier latin était un paradis. J’ai juste le temps de noter le nom de Bébert pour une prochaine interview lorsque Monsieur Tiberi en personne ouvre la séance. Il a l’air en meilleure forme qu’au procès, de même pour Anne-Marie Affret.
La foule commence par l’applaudir.
L’édile précise que cette séance a pour but d’ouvrir un dialogue. Jusque là tout va bien.
Il attaque le sujet dans le vif: La Mairie de Paris lui a encore fait des misères en le privant sans concertation de son local politique.
Mais la déception s’empare de nous quand on apprend que la Mairie n’a envoyé qu’un petit fonctionnaire, alors qu’un élu aurait du être dépêché, pour répondre à nos légitimes interrogations.
De plus, pas le moindre petit four à l’horizon
Rendez-vous compte de l’infamie parisienne d'après Monsieur Tiberi:
Seuls les partis socialiste et communiste disposent maintenant d’un local politique dans le 5ème. ce qui est de nature à nuire à la Démocratie (thème favori de l'édile du 5ème)
L’affectation du SON local en faveur d’associations qui prennent des SDF en charge ne pose pas de problème au Maire sur le fond. « Ce n’est pas là-dessus qu’on se bat »
La loi a été bafouée car quand il y a changement d’affectation d’un local dans une commune, le Maire doit en être avisé. Je m’interroge sur l’obscur article tiré du code des collectivités territoriales qui est utilisé en la circonstance.
Monsieur Tiberi monte d’un ton pour désigner l’ennemi. Le présent Maire de Paris qui ne parle que de concertation alors que c’est un mensonge éhonté. « Vous trouvez normal que le conseil d’arrondissement n’est même pas consulté ?»
La salle « HOU ! » Ca commence à ressembler à un meeting ; Ou pire je pense à Mussolini, je ne sais pas pourquoi.
Il faut quand même rappeler les faits
Jean Tiberi disposait d’un local de 145 mètres carrés depuis 1976 qu’il payait des queues de cerise, et dont le bail était curieusement à son nom. Tout allait bien dans le meilleur des mondes donc
En 2006 la Mairie de Paris, propriétaire de l’immeuble, a proposé un loyer de 2114 euros par mois. Soit 14,50 euros par mètre carré. Monsieur Baetche a dit le 27 avril 2009 en conseil qu’il s’agissait de conditions impossibles : le maire ne pouvant accepter de payer une telle somme pour un vieux garage délabré »
C’est qu’entre temps la loi du 11 mars 1988 avait changé la donne en imposant aux locations de locaux politiques un prix proche de celui du marché, répercutable en comptes de campagne.
Les mauvais esprits diront que Monsieur Tiberi dispose d’une enveloppe liée à son statut de député lui permettant de faire face à la location de locaux pour une permanence politique. Sans parler de permanences gratuites à la Mairie du 5ème et à l’hôtel de ville.
Refus indigné de Tiberi qui ne paye pas et devient occupant sans titre. D'où un énième procès qui prend fin en Cour d'Appel de Paris le 9 avril 2009 (décidemment une mauvaise année pour lui).
Il doit libérer les lieux et régler 91.500 euros à la ville de Paris.
Bizarrement en 2009 le vieux garage délabré a du reprendre de l’allure puisque tout le monde vante aujourd’hui sa beauté, son inscription dans l’histoire industrielle de Paris et j’en passe.
Toute la séance va consister à dire « Regardez comment on me traite on ne m’a même pas consulté alors que la loi l’impose »
Heureusement il y a les associations d’aide aux SDF et on est ravis d’apprendre que ce bâtiment va être transformé en immeuble d’accueil avec création de 25 chambres individuelles et de parties communes accueillantes.
Rappelez-vous Suite à l’épisode des enfants de Don Quichotte l’opinion publique s’était émue de la condition faite aux SDF. Chirac avait donc inspiré une loi. que le gouvernement actuel doit faire appliquer; lequel gouvernement est du même bord politique que Monsieur Tiberi, sauf erreur.
Or c’est l’Etat par l’intermédiaire du Préfet qui a donné son feu vert pour l’installation d’une antenne des Enfants du Canal rue Vésale.
La parole est à la salle
Enfin à une partie de la salle, celle qui pose les bonnes questions.
Ceux qui sont dérangeants comme moi qui demande au Maire pourquoi il n’a pas payé tout simplement le loyer demandé sont systématiquement hués et leur voix est couverte par les vociférations. Expérience incroyable pour quelqu’un qui voulait goûter aux joies de la démocratie locale.
Du coup, je ne sais toujours pas pourquoi il n’a pas payé sachant que ça ne pouvait se terminer que par une expulsion.
Anna Blum qui représente les habitants du secteur propose une idée judicieuse : comme la crise frappe les petits commerces, beaucoup de boutiques sont vides Pourquoi n pas y mettre la permanence de Monsieur Tiberi comme c’est très fréquent à Paris.
Le Parti socialiste loue ainsi une petite boutique de 20 mètres carrés, sans aucun confort, rue Saint Jacques, régulièrement vandalisée d’ailleurs. Le loyer de 520 euros parait conforme au marché.
Monsieur Tiberi ne partage pas mon point de vue, l’idée est balayée. On n’est pas là pour trouver une permanence à l’UMP. Dont acte.
Les réflexions circulent dans la salle : on a vu des SDF devenir des voisins dangereux du fait de leurs chiens et de leur tendance à s’alcooliser. Une pharmacienne a même été attaquée une fois.
Ca c’est ma voisine vous vous rappelez celle qui donne de la soupe à Bébert
Le président de l’association cite l’exemple du centre de la rue de l’observatoire, dans un quartier très chic à coté de la Closerie des lilas ; ce centre donc n’a connu qu’un seul problème en 2 ans. A toutes les personnes qui s’interrogent vraiment il est proposé de venir visiter ce centre. C’est vrai que c’est tentant d’aller voir comment ça fonctionne vraiment.
Ma voisine me glisse dans l’oreille « jamais ils voudront resterr dans un centre, juste à Nanterre pour une douche et changer de chaussettes »
Pendant toute cette mascarade un homme marche au milieu du public.
Grand, 60 ans environ, barbu, mal habillé, l'air épuisé.
Il essaye toute la soirée de mettre la main sur un micro ; ce qui lui sera à chaque fois refusé. Il sert même d’archétype du SDF. Une dame intervient de façon véhémente « qu’elle en a marre qu’on parle de SDF c’‘est des mots de bobos il faut parler de pauvres ou d’épaves » en disant ce dernier mot elle désigne mon fantôme qui continue à circuler. La foule s’émeut au mot prononcé.
La fantôme continue à avancer il va jusqu’à Monsieur Tiberi et lui parle brièvement avant que la sécurité ne le refoule.
C’est vraiment extraordinaire de voir cet homme, un SDF probablement, qui ne pourra jamais être entendu par un public venu se pencher sur les problèmes de ses congénères.
Une vraie scène de film italien de la grande époque.
Des remarques idiotes pleuvent alors Je ne peux traduire ici que celles qui n’ont pas été couvertes par les vociférations du public.
Un conseiller municipal trouve que 145 mètres carrés divisé par 25 ça fait des chambres vraiment petites
Monsieur Baetche, lui, trouve que 25 chambres ce n’est pas assez : il en faudrait au moins 100 pour faire baisser les coûts de fonctionnement. ; sous-entendu ailleurs. Pas dans notre douillet cinquième
Suit la liste de tout ce qu’on aurait pu mettre dans ce local : des étudiants, des femmes seules, l ludothèque, lds enseignants étrangers, l’inévitable centre culturel. Et comme la Bièvre ne coule pas loin je crois qu’on peut ajouter un raton laveur.
On apprend quand même qu’un SDF placé dans ce type de centre coûte 28 euros par jour. La discussion repart entre ceux qui trouvent que c’est cher et les autres.
Notons toutefois que les personnes placées dans ces centres y restent peu de temps, prennent en charge le ménage et la cuisine. On insiste sur l’urgence à ne pas laisser des gens à la rue. Ils s’y détruisent très vite. Il suffit à la moitié d’entre eux de 10-12 jours dans le centre pour repartir sur une réinsertion.
Bien sur on va évoquer le danger pour les enfants de l’école voisine. Mais n’est-il pas plus difficile d’expliquer à un enfant que des adultes dorment dans la rue ?
Les chiffres sont terribles : 1 SDF meurt par jour en France ; leur espérance de vie n’est que de 42 ans.
Le pseudo débat continue . Une dame qui connaît l’immeuble met en garde « l’escalier y est très dangereux »
Un intervenant pose une question intéressante ; c’est le seul qui va pouvoir résister à la pression des hurlements « Pourquoi Monsieur le Maire, puisque vous dites que la décision est illégale, ne pas faire un recours devant le Tribunal Administratif » On connaît le goût de monsieur Tiberi pour les actions en justice. Enfin peut-être un peu moins depuis les derniers épisodes.
Monsieur le Maire n’y avait apparemment pas pensé il dit qu’il va étudier la question.
Un homme s’avance alors et il prend la parole au nom du Fantôme sans nom qui est reparti sans avoir pu poser sa question.
Ses mots résonnent enfin juste : c’est effectivement un SDF, il n’a plus que 2 mois à vivre. C’est une honte de ne pas l’avoir laissé parler.
Les plafonds de la salle des fêtes paraissent moins beaux qu’au début.