articles originaux pour la plupart. Ils concernent essentiellement la vie politique française par une citoyenne qui a gardé ses capacités d'indignation. En toute subjectivité.
Cette fois on entre dans le vif du sujet. Le président doit aimer les préliminaires car nous n’avions fait jusque là que planter le décor. C’est devant une salle presque vide qu’on aborde enfin les manœuvres frauduleuses. Celles-ci sont suffisamment établies pour qu’il n’y ait pas place pour le doute. La fraude est avérée. Le président Albert nous livre son plan d’attaque 1- la description 2- la Participation de chacun.
Nous revoyons venir à la barre Monsieur Raymond Nentien. Rappelons qu’il était secrétaire général de la Mairie du 16 juillet 1990 au 1er septembre 2000. Un bail ! Dans cette affaire c’est un peu mon chouchou. Il a un côté seul contre tous qui ne peut que susciter une certaine admiration. Il règle soigneusement le micro, il tient certainement à être entendu au fond de la salle ce qui n’était pas le cas lors de son premier interrogatoire.
Le Président « Etiez-vous le seul ou d’autres personnes étaient-elles informées de l’existence d’un système frauduleux d’inscription sur les listes électorales dans le 5ème arrondissement de Paris ? »
RN « je confirme l’existence de ce système et je peux citer le nom des personnes informées : M. et Mme Tiberi, Mme Affret, M. Bardon, Melle Mockriki, M. Favre, Monsieur Gramont, Mme Bourgeix, M.Comiti, le personnel du bureau des élections et moi-même »
S’ensuit la lecture par le Président du témoignage de Madame Françoise Ménigault épouse Claude qui affirme que Raymond Nentien non seulement savait mais a participé activement à la Fraude.
Un mot pour souligner le témoignage de cette dame, la plus ancienne salariée du bureau de élections, aujourd’hui retraitée et qui a livré les clés du mécanisme de façon limpide et rationnelle aux dires des enquêteurs. Elle dit que la fraude avait démarré avec la nomination de M. Tiberi comme maire d’arrondissement en 1983 et que le nombre estimé de 3000 faux électeurs lui semble en dessous de la réalité.
On ne peut être plus clair.
Mais revenons au Plan mis au point par ces cerveaux fertiles pour la constitution de la liste. Le Président Albert en donne le schéma, ponctué par les approbations de Nentien « tout à fait » et « je confirme »
1) inscrire des gens sur la liste alors qu’ils n’habitent pas l’arrondissement
soit on cherche un hébergeant (celui-ci n’est pas forcément informé)
soit on crée un domicile fictif
2) ne pas radier les vrais électeurs quand ils voudraient partir sur des prétextes futiles (mort, déménagements)
Pour parachever cet édifice il fallait que les commissions de révisions de listes électorales ne jouent pas leur rôle et ne soient constituées que de membres surs.(on apprend plus tard que quand un des membres voulaient éplucher un dossier les autres l’en dissuadaient)
Ce n’est pas tout : l’électeur enfin inscrit doit pouvoir voter (c’est un peu le but) d’où le cheminement de la carte d’électeur, elle semble flotter sur le prétoire, qui grâce à un réseau bien rodé finit par permettre au faux électeur de voter soit lui-même soit par procuration.
Le schéma étant résumé, revenons à notre mouton émissaire Raymond Nentien. Le président semble vouloir revoir à la hausse sa responsabilité réelle. « Vous êtes un acteur Nentien, pas un simple témoin » RN déclare que jamais il ne serait revenu travailler dans le 5ème s’il avait su qu’il y avait ce système des faux électeurs « Quand on connaît Nentien, on sait que ça ne fait pas partie de moi » Ca y est, encore un qui parle de lui à la troisième personne, décidemment Delon fait des émules. Il décrit sans surprise sa vie de fonctionnaire court-circuité par sa hiérarchie.
Un avocat de la défense lui fait remarquer un témoignage « rien ne rentre ni ne sort du service sans l’accord de Monsieur Nentien »
RN « en 97 je suis devenue directif, je pensais que tous les employés allaient me suivre. Je compte encore sur Favre que j’ai beaucoup aidé et Bardon pour me rejoindre et dire enfin la vérité »
Le Président appelle Olivier Favre en lui demandant de renoncer à son éternel chewing-gum.
A ma grande surprise lui qui était chef du bureau des élections déclare maintenant que cette fraude n’avait pas de réel intérêt, « c’est pas 150 voix qui allaient changer le scrutin »Le Procureur lui rappelle tout de même qu’il avait déclaré précédemment que le gonflement des listes étaient nécessaires notamment pour bénéficier de plus de sièges au Conseil de Paris.
La question n’est plus de savoir si Monsieur Favre a été acheté mais combien.
C’est finalement Maître Le Borgne qui, histoire de faire un bon mot, résume l’impression que j’ai : « Monsieur Favre, est-ce que vous êtes sûr d’être sûr de quelque chose ?»
On croit en avoir terminé quand le Président appelle monsieur Mondain à la barre.
Ce sera l’occasion pour JP Albert de montrer qu’il a encore toute sa vigilance puisqu’il rappelle à l’ordre Mme Affret qui tente encore une fois de se retourner pour regarder M. Mondain « Mme Affret, c’est la deuxième fois, il n’y en aura pas de troisième ».
Cette fois M. Mondain exprime les pressions qu’il a subies. Des petits riens : Mme Affret qui demande son téléphone personnel, Mme Mockricki qu’il retrouve devant sa porte. M Mondain étant à l’époque en cours de titularisation à la Mairie de Paris s’est retrouvé entre deux feux, donc en position délicate.
Il est 18h30 Le président nous donne rendez-vous le lendemain à 13h30
A suivre
Photos: léa Sanchez