J’étais venue à Bourges pour rencontrer Robert Guediguian (RG). Il est absent et se remet d’une opération loin de ce Festival des scénaristes qu’il aurait du présider. En fait, Guediguian était là. Ils étaient même plusieurs.Virtuellement, par interviews enregistrés,par ses films qu’on avait ratés, mais surtout présent dans la parole de sa femme et de ses scénaristes. Des bouts de sa Tribu. J’ai découvert Ariane (Ascaride) Elle s’y colle à la place de Robert. Ca l’énerve un peu ce rôle ; « C’est chiant qu’il soit obligé de se reposer » Mais en fait c’est elle qui est passionnante, hilarante même dans la description de leur travail commun.On en conclut que le bonhomme n’est pas facile à vivre en période normale et devient carrément impossible quand il travaille à un film. Obsessionnel pour le moins. Le fait d’avoir un père arménien, une mère allemande et d’avoir poussé dans la banlieue de Marseille explique en partie les facettes multiples. Cela le rend bigrement intéressant. Inévitable, l’étiquette « cinéaste engagé » qui lui colle à la peau « Comme si c’était pas le cas de tout le monde, on en est plus ou moins conscient, c’est tout » Son cinéma de l’Estaque, je l’aime parce que c’est tout ce qui nous reste qui ressemble au cinéma français des années 30 à 50. Après on a arrêté de faire populaire, comme si le peuple avait disparu. Un vrai seigneur. Il est là sur l'écran, je crois que je ne l’avais jamais vu avant. On sent une certaine coquetterie dans la pochette, le décor, le look Napoléon 3, ni bobo ni vieux beau. Il a des formules merveilleuses quand il refuse de parler de Besson « on risque de se salir », ou « on finit toujours par s’éloigner de ses idéaux ». Non, pas lui ! J’ai aussi découvert « le promeneur du champ de Mars » que j’avais toujours refusé de voir. Pour moi Mitterand ne pouvait pas rimer avec Guediguian. Et pourtant ! Quelle réussite ! Bouquet est sublime. c’est une vraie statue offerte à Mitterand même si Guediguian ne peut s’empecher d’ajouter qu’il manque sur le piédestal la mention « à Mitterrand, les cocus reconnaissants » C’est égal Guediguian m’a fait faux bond à Bourges. J’aurais du me méfier, il m’avait déjà déçue lors du dernier Festival de Cannes. J’avais, comme plein de gens, envie de voir son film sur le groupe Manoukian. Mais une seule projection était organisée et je me souviens avoir attendu une heure debout pour me voir, in fine, refuser l’accès à la salle . Je me souviens de ma frustration ; Pas lui ! pas Guediguian ! il ne pouvait pas réserver cette avant-première à des tordus de journalistes pour qui ce film ne signifiait rien. Il m’avait semblé ce soir-là que nous, les sans grades de Cannes, ceux qui n’avaient pas de précieux passe-partout nous étions son public légitime, on aurait du avoir droit à une projection spéciale.Et du champagne ! C’est égal Il dit plein de choses Guediguian, en particulier que le cinéma c’est un coctkail de sexe et de lutte des classes. J’adore ! Merci Bob