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14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 08:33
Florence, suite n°5

Les généralités c’est mon fort, même si je les garde en mon for intérieur car la mode est aux nuances (de gris mais pas seulement). Quand j’écris dans mon blog, je fais ce que je veux. Voici donc mes impressions sur la vie en Italie à partir de mon expérience florentine.

Ce qui m’a frappé en premier lieu c’est l’absence de restaurants français. Les Italiens doivent être rudement étonnés de trouver une floppée de restos italiens à Paris et partout dans les grandes villes. D’ailleurs, j’ai vu très peu de cuisine étrangère à Florence : un resto japonais destiné sûrement aux japonais nostalgiques de sushis, vu le niveau astronomique des prix affichés (34€ les 6 makis rabougris). J’ai du mal aussi à acheter de la san pelegrino, vivement qu’on retourne à Paris pour en boire…

Une autre réflexion concerne l’attention offerte aux enfants. Dans presque tous les musées, nous avons vu des enfants jeunes et attentifs autour d’une enseignante, à chaque fois très motivée. Citons le musée égyptien de Turin, les expos Picasso à Florence et Modigliani à Pise, la cathédrale de Lucca...

La disparition des langues étrangères sauf l’anglais est frappante. On aurait pu imaginer qu’une expo sur Picasso et son influence sur les peintres espagnols comporterait des commentaires en espagnol. Point. Tout est en italiano-english. C’est pas négociable.

La conduite des bus dans les rues étroites relève plus de la formule 1 que des transports en commun auxquels la vie parisienne nous avait habitué. On apprend vite à s’accrocher, question de survie.

La gestion des vélos dans Florence est encore une source d’étonnement. Comme il faut bien les faire stationner à un moment, les usagers choisissent de les entreposer dans les halls d’immeuble avec un antivol. Certains vont jusqu’à les monter dans leurs appartements. Il y a toutefois des exceptions. Ceux qui se résignent à laisser leurs vélos dans la rue les affublent d’énormes cadenas et les accrochent aux lampadaires et autres biens publics situés sur les trottoirs. Cela complique le flux des piétons qui se vengent en utilisant les paniers de ces vélos comme autant de poubelles secondaires.

Parlons maintenant du pire. Je veux dire le repas à l’italienne. Ça arrive à tout le monde d’avoir faim. Le vrai repas italien est très copieux. Je parle de la vraie trattoria qui assure un menu complet comme par exemple celle de la place San Jacopino hors des circuits touristiques (9,90 euros TTC avec boisson) Ce qui tue d’emblée c’est le premier plat, le primo constitué toujours de plats de pâtes ou de riz cuisinés, souvent avec un peu de charcuterie, plats calibrés camionneurs ou employés agricoles. Le pain n’est pas prévu à ce stade. On accueillerait volontiers pour suivre ce plat nourrissant une salade et un dessert. Ce qui est prévu c’est un plat de viande assorti de légumes, en général ensemble assez gras, copieux et goûteux. Le pain insipide (voir chapitres précédents) apparaît à ce stade du repas. La salle est pleine de travailleurs et on dénote un peu avec notre appétit d’oiseau parisien échoué. Ce qui ne nous empêche pas de demander un tiramisu en supplément qui est presque aussi bon que le mien, un peu trop de sucre quant même.

Autre source d’étonnement et pas le moindre : la qualité des poireaux ! Je partais avec l’idée que les légumes étaient le point fort de la production maraîchère en Italie. D’accord, c’est l’hiver mais bon ! Pourquoi les poireaux ? infectes ! on peut d’ailleurs citer aussi les poires. C’est simple : je ne peux pas vivre dans un pays où les poireaux ne sont pas aptes à composer une soupe des plus banales.

Dans les quartiers touristiques il faut viser les restos cités par le petit futé (merci +++) gratuit sur internet. Ailleurs c’est se mettre la tête sur le billot et accepter de se faire gruger (erreurs dans les décomptes, couverts en sus…), bref : sévices compris.

Le cinéma à Florence. Comment imaginer que dans ce pays qui a offert des films flamboyants au monde et au moment où le cinéma italien renait doucement avec des merveilles comme « il divo », comment croire que personne ne les verra en Italie ? 3 salles de cinéma seulement dans la partie historique de Florence. Inimaginable. Une seule salle permet de voir des films en VO en 2015 : l’Odeon. Il faut comprendre que l’industrie du doublage s’est développée en Italie du fait d’une population largement illettrée. Les conséquences c’est le recours quasi inexistant aux sous-titres. Mais le vrai tueur du Cinéma c’est ici plus que dans tout autre pays la Télé, qui est pire que tout. Heureusement il reste en Italie des librairies nombreuses et attirant apparemment beaucoup de monde. Elles sont souvent conviviales avec des coins cafétérias...

Je vous ai dit que, à la louche, 9 touristes sur 10 sont asiatiques. En tout cas c’est ce que l’on observe en janvier-février. Dès la gare, de grands panneaux invitent les Chinois à déposer leurs devises pour obtenir de précieux euros. Je ne sais pas s’ils tombent dans le panneau, je les observe déambulant en troupeaux du Duomo à l’accademia en prenant une floppée de photos. Ils sont souvent jeunes, je m’interroge sur leur compréhension de l’art de la Renaissance. Florence doit leur fait l’effet d’un musée à ciel ouvert. Quelque part, ces asiatiques qui n’ont aucun contact avec les autochtones, qui ne trouvent presque jamais de notice dans leur langue, doivent se sentir vraiment différents. Je ne serais pas surprise de les voir reconstruire, en Asie, les monuments de Florence en fac-similé. Je les admire malgré tout, moi qui arrive juste à me dépatouiller avec les bus florentins au bout d’un mois de présence. En fait ce qui me terrifie vraiment c’est qu’ils ne demandent rien à personne. Ils savent que les personnes rencontrées ne pourront pas les aider.

Un jour où nous mangions dans notre « cantine », dans notre quartier populaire, nous vîmes arriver deux japonais (ou coréens ou chinois). Ils se sont installés face à face et ont aussitôt commencé à tapoter sur leurs téléphones respectifs dernier cri. « Ils doivent s’envoyer des mails » me dit Richard en attaquant ses tagliatelli aux praires. Nos deux jeunes touristes ont quand même réussi à manger plusieurs plats en les partageant à chaque fois, le plat étant disposé au milieu de la table par la serveuse après explications laborieuses (quelle patience) Ce jour-là, le patron m’a gratifié d’une ristourne de 50 centimes. J’en déduis qu’il était content de voir son cheptel de clients-touristes prospérer. D’ailleurs les Florentins sont peu nombreux à avoir la chance ( ?) d’habiter dans le centre historique. Pas facile d’y trouver de quoi manger en dehors du marché central. Comme la zone est piétonne, elle est cernée par de longues files de voitures qui doivent rassembler les travailleurs.

Surprise ! La ville est très propre. Il faut qu’Anne Hidalgo dépêche d’urgence des techniciens pour étudier la gestion des poubelles à Florence. En gros ce sont des séries de 5 petits containeurs enterrés et donc invisibles. On les actionne avec le pied ce qui rend le tri sélectif très simple. Les containers enterrés sont ensuite relevés par des camions distincts suivant la nature des déchets à une heure où cela ne gêne pas grand monde. Du coup, je trouve notre système de poubelles d’immeuble totalement archaïque.

Un autre point frappant c’est que les Italiens chauffent très peu les commerces. C’est fréquent de voir des clients garder leurs manteaux au restaurant. Ne parlons pas des hôtels comme par exemple celui de Lucca où j’ai cru mourir de froid à grelotter à coté de gros radiateurs de chauffage central, beaux comme tout, mais éteints en journée. Février est malgré tout un mois d’hiver, il fait entre 5 et 12 degrés en moyenne.

Si vous allez à Florence, ne ratez pas la place ognisanti (tous les saints) au bord de l’Arno. En dehors du centre culturel français qui mériterait à lui seul le voyage, on note plusieurs centres d’intérêt : la maison natale d’Amerigo Vespucci qui a donné son nom à un continent, excusez du peu, une maison construite à l’envers et même une des rares maisons art déco de Florence où Gaudi a fait peu d’adeptes... Sans parler de l’église qui ouvre sur la place. Elle offre son lot de peintures intéressantes et un christ à la Toscane de toute beauté. En insistant beaucoup auprès d’un père franciscain en chasuble bleu pâle, on arrive jusqu’à une petite chapelle funéraire toute blanche, derrière une porte dérobée, c’est la dernière demeure de Caroline Bonaparte, soeur du Che, reine des deux Siciles et propriétaire un temps du palais de l’Élysée. Endroit émouvant par sa simplicité quand on songe à la chipie qu’elle a été. Je me dis qu’elle a bien fait d’en profiter. Elisabeth Vigée-Lebrun (ancien peintre de la reine Marie-Antoinette et de toute l'Europe royale) déclara au sujet de Caroline : "j'ai peint de vraies princesses qui ne m'ont jamais tourmentée et ne m'ont jamais fait attendre ! » C’est aussi Caroline qui commanda La Grande Odalisque à Ingres. Tout n’est pas glorieux dans l’histoire de Joachim et Caroline. N’oublions pas qu’ils refusèrent toute aide à Napoléon exilé sur l'île d'Elbe (contrairement à Pauline, restée fidèle à son frère). Caroline mourut à Florence le 18 mai 1839, à l'âge de 57 ans.

Ne ratez pas la bibliothèque dessinée par Michel-Ange qui se trouve à San Lorenzo. Par contre, on peut faire l’économie de l’accadémia sauf si on tient absolument à voir le vrai « David » qui joue ici le rôle de Mona Lisa au Louvre. Personnellement je me contenterais de la copie place de la Seigneurie

Une dernière visite à conseiller celle du palais Davanzati. Cette demeure du Moyen-Âge, restaurée d’après les documents du 14ème siècle permettent d’avoir une idée des habitats cossus avant la fameuse renaissance. Je pense en particulier à la maison de La Boétie à Sarlat qui ne donne rien à voir que des murs gris et qui déçoit régulièrement le flot des visiteurs.

Mais il n’y a pas que Florence en Toscane, Il faut que je vous parle prochainement de Lucca, le choc de la semaine.

le lion qui protège la statue de Dante à Santa Croce

le lion qui protège la statue de Dante à Santa Croce

Florence, suite n°5
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